Mondoculture, le blog des découvertes

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Le Mexique fait sa révolution

 

Été 1915, la France a l’esprit accaparé par la 1ère guerre mondiale. Depuis que l’avancée allemande a été freinée, le combats font rage au Nord Est du pays et éclipsent totalement la mort d’un certain Porfirio Díaz, à Paris, à quelques dizaines de kilomètres seulement du front. Pourtant le vieil homme de 84 ans qui vient de s’éteindre n’est pas n’importe qui. On parle tout de même de quelqu'un qui a dirigé le Mexique, quasiment sans interruption, pendant 35 ans !

Mais comment diable, un personnage aussi important a-t-il pu mourir dans ce quasi-anonymat à des milliers de kilomètres de la patrie qu’il a dirigée pendant tant d’années ?

Pour répondre à cette question il faut se pencher sur un autre conflit très meurtrier des années 1910 : la guerre civile mexicaine, plus connue sous le nom de Révolution mexicaine.

 

 

Pour comprendre les racines de cette révolution, il faut remonter au XIXème siècle. À cette époque le général Porfirio Díaz Mori devient président du Mexique en 1876, il a alors 36 ans et le mandat présidentiel est non renouvelable. Pourtant en 1910 le Mexique est toujours gouverné par Díaz, 80 ans, qui, après avoir autorisé les réélections présidentielles, « règne » sur le pays depuis 34 ans, avec un seul intermède entre 1880 et 1884.

Le pouvoir de Díaz, le Porfiriat, s’apparente à une monarchie, ou une dictature, certaines voix se sont déjà élevées pour protester, mais le président a toujours su les canaliser et garder sa main-mise sur le Mexique.

Malgré tout, à l’approche des élections de 1910, la situation sociale du pays est tendue. Díaz a certes favorisé l’essor économique et la modernisation du Mexique, notamment en ouvrant le marché du pays aux capitaux étrangers, en particulier américains. Mais le revers de la médaille est la dégradation des conditions de vie des paysans, avec la vente des terres communales au profit des grands propriétaires, et la souffrance du peuple face à la modernisation accélérée du pays. S’ajoute à ces problèmes majeurs un rejet grandissant du gouvernement vieillissant de Díaz. Rejet d’autant plus fort que les soupçons de fraudes électorales augmentent à chaque réélection de Díaz.

                                  
                                      Porfirio Diaz (à gauche), face à son challenger Francisco Madero

Le peuple gronde et comme souvent dans ces cas-là une simple étincelle va mettre le feu aux poudres. En 1908, Francisco Ignacio Madero, un jeune propriétaire terrien, écrit « La sucesión presidencial en 1910 ». Cet ouvrage appelle à plus de démocratie, avec pour cela une solution simple : la non-réélection de Díaz. Ce livre va faire boule de neige, si bien qu’en 1909 Madero crée le parti anti-réélectionniste et se déclare officiellement candidat aux élections de 1910, où il fait office de sérieux challenger pour Díaz.

Mais le 16 juin 1910, à l’approche du scrutin, Madero est arrêté pour rébellion et outrage au régime, puis est incarcéré à San Luis Potosi, tandis que le 26 juin 1910 Porfirio Díaz est finalement déclaré vainqueur des élections, malgré cette atteinte à la démocratie.

Madero est libéré au cœur de l’été 1910 et assigné à résidence surveillée, début octobre il s’enfuit et va se réfugier à San Antonio (États-Unis), d’où il publie le « Plan de San Luis », dans lequel il proclame la nullité des élections de juin et appelle à l’insurrection le 20 novembre 1910. Madero, par cet appel, devient l’apôtre de la Révolution.

 

Le 20 novembre 1910, Pascual Orozco, un de ses partisans, prend les armes avec un groupe de mineurs, et lance officiellement la révolution mexicaine. Ces combats sporadiques vont faire des émules. Ainsi deux des plus célèbres personnages de la révolution rejoignent bientôt le camp des insurgés : Emiliano Zapata et Francisco « Pancho » Villa. Tous deux dirigent une armée de paysans mécontents du porfiriat et attirés par les promesses de réformes agraires de Madero. Zapata est originaire de l’état de Morelos, à une centaine de kilomètres au sud de Mexico, et commande l’armée libératrice du Sud. De son côté Villa (de son vrai nom José Doroteo Arango Arànbula) est un ancien paysan pauvre, devenu hors-la-loi après avoir assassiné un propriétaire d’hacienda. Depuis il est contraint de se cacher dans les montagnes du Chihuahua (Nord du pays), où il forme sa propre armée, « La division del Norte ».

Ces multiples soulèvements permettent à Madero de rentrer de son exil, en février 1911. Pendant ce temps, ses troupes placées sous le commandement suprême d’Orozco, enchaînent les victoires face à une armée mexicaine vieillissante et peu nombreuse, héritage des années de paix du profiriat. Díaz sait la défaite inéluctable. Le 21 mai 1911, il accepte de signer les accords de Ciudad Juarez, qui marquent la fin des combats et sa démission. Le vieux dictateur se réfugie en Europe, où il meurt donc le 02 juillet 1915.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pancho Villa et Emiliano Zapata à la conquête du Mexique


Le 07 juin 1911, Madero entre en héros dans Mexico, puis est finalement élu président le 06 novembre 1911, avec 90 % des voix. Malgré ce plébiscite l’ambassadeur américain à Mexico, Harry Lane Wilson, écrit alors : « La révolution n’est pas terminée, Madero tombera bientôt. ».

Ses écrits s’avèrent visionnaires, car le nouveau président est très vite contesté, par Zapata et Orozco notamment, les raisons : sa clémence envers les anciens dirigeants porfiristes et la lenteur de la mise en place des réformes agraires promises.

Malgré cette instabilité, Madero parvient à se maintenir au pouvoir en 1912. Mais début 1913, une révolte de grande ampleur est menée par Felix Díaz, le neveu de Porfirio, avec le soutien officieux de Victoriano Huerta, le général en chef de Madero, et de Harry Lane Wilson, opposé à un Madero qui a commencé à attaquer les intérêts américains obtenus sous le porfiriat. C’est ce qu’on appellera la « Décade tragique », une période s’étendant du 09 février au 18 février 1913. Durant ces 10 jours des batailles sanglantes ont lieu dans les rues de Mexico entre les loyalistes fidèles à Madero et les insurgés, nostalgiques du porfiriat, menés par Felix Díaz. Ces combats font des centaines de morts, dont beaucoup de civils. Madero juge mal la situation, ne décelant pas le double jeu de Victoriano Huerta, il lui confie la tâche de supprimer Felix Díaz ! Huerta en profite pour trahir son président : le 18 février 1913, il arrête Madero et le fait exécuter 4 jours plus tard. Puis Huerta prend finalement le pouvoir, à la place de Felix Díaz, en s’autoproclamant président, le 19 février.

 Victoriano Huerta, nouveau dirigeant du Mexique

Mais ce 3e président en 2 ans ne va pas plus faire l’unanimité que ses prédécesseurs. En effet, dès qu’il apprend le coup d’État de Huerta, Villa rentre de son exil aux États-Unis, où il avait dû fuir pour être resté fidèle à Madero, et rentre en lutte contre le nouveau président. Zapata rejoint aussi rapidement cette lutte.

Un autre homme va également vouloir venger Madero, et va jouer un rôle primordial dans la Révolution : Venustiano Carranza, seul gouverneur du Mexique (il dirigeait le Coahuila) à refuser de reconnaître Huerta après son coup d’État. Le 26 mars 1913, l’homme politique appelle à renverser l’usurpateur Huerta, pour cela il forme l’armée constitutionnaliste, dont il se proclame « Primer Jefe ».

Dans cette nouvelle phase de la révolution deux camps s’opposent donc : les partisans du président Huerta, qui représentent surtout les classes aisées de la population, les anciens sympathisants de Díaz et les apôtres de l’ouverture du Mexique aux capitaux étrangers. Face à eux on retrouve un front de « constitutionnalistes » plus ou moins rassemblé sous l’égide de Carranza, avec d’autres têtes d’affiche comme Villa ou le général Alvaro Obregón, fidèle de Madero, ce camp est plutôt soutenu par les paysans et les classes moyennes. Zapata, également opposé à Huerta garde tout de même ses distances avec les constitutionnalistes. On se dirige une nouvelle fois vers une lutte des classes.

 
Venustiano Carranza

Le bras de fer entre les deux camps est tendu; mais, fin 1913, les révolutionnaires vont progressivement prendre le dessus : le 02 octobre 1913, la division del Norte prend Torreón, puis en novembre Ciudad Juarez. Huerta envoie alors d’importantes troupes pour contrer la progression de Villa. Du 22 au 25 novembre les deux camps s’affrontent à une cinquantaine de km de Ciudad Juarez, dans la bataille de la Tierra Blanca. Les combats font 6 000 morts et Pancho Villa remporte une nouvelle victoire décisive, qui lui permet de contrôler le Chihuahua. Dans le même temps, Zapata remporte plusieurs victoires dans le Morelos.

La situation se complique encore plus pour Huerta lorsque les États-Unis interviennent dans le conflit. En effet, si au départ le puissant voisin est plutôt favorable au général, en mars 1913 un nouveau président est élu à la maison blanche : le républicain Taft est remplacé par Wilson, démocrate. Ce changement de politique et la préférence commerciale qu’a Huerta pour les Européens poussent Wilson à refuser de reconnaître officiellement le nouvel homme fort du Mexique.

L’hostilité américaine prend une nouvelle dimension à partir du 09 avril 1914. Ce jour-là, à Tampico, des troupes de Huerta emprisonnent brièvement plusieurs marines américains ivres. Malgré la rapidité de leur libération et les excuses de Huerta, cette affaire mineure va servir de prétexte aux USA pour intervenir. Wilson exige que les Mexicains saluent un drapeau américain en signe de contrition, ces derniers refusent. En représailles, le 21 avril 1914, 44 navires américains vont bloquer l’entrée de l’important port de Vera Cruz, empêchant ainsi les troupes de Huerta de recevoir des armes commandées aux russes. Dans le même temps, les Américains fournissent des armes aux constitutionnalistes. Cette intervention américaine va grandement contribuer à asseoir la victoire des rebelles.

Pourtant, à l’approche de cette victoire assurée, des dissensions apparaissent entre Carranza, le froid calculateur, et Villa, le jeune impulsif, qu’on commence à surnommer « le centaure du Nord ». Ainsi Carranza fait tout pour empêcher que Villa soit le 1er à pénétrer dans Mexico, alors que ce dernier vole de victoire en victoire.

Malgré les dissensions entre révolutionnaires, Huerta est acculé. Le 15 juillet 1914, il n’a d’autres choix que de démissionner et de fuir à son tour en Europe.

Le 13 août 1914, le gouverneur de Mexico donne sa reddition à Obregón, déjà libérateur de Guadalajara, qui rentre triomphant dans la capitale, le 16 août c’est au tour de Carranza de marcher sur la ville.

 Les trains ont eu un rôle essentiel tout au long de la révolution mexicaine, l'excellent réseau mis en place durant le porfiriat à permis aux différents camps de transporter leurs troupes 

 

Mais dès la chute du dictateur Huerta, les tensions réapparaissent entre les rebelles victorieux, essentiellement pour des questions de leadership.

Carranza, qui dirige désormais la destinée du Mexique, et Villa, le principal chef de guerre, sont désormais les deux hommes les plus puissants du pays. Leurs querelles font craindre un retour de la guerre civile. Pour éviter cette sombre perspective, les principaux leaders révolutionnaires vont se rencontrer, le 10 octobre 1914, à la convention d’Aguacalientes. Différents courants sont représentés : les villistes, les carrancistes, les zapatistes et les indépendants. Mais Carranza, craignant de ne pouvoir obtenir la place de président qu’il ambitionne, quitte la convention le 02 novembre et s’exile à Cordoba pour ne pas avoir à démissionner de son poste de Primer Jefe. Le 10 novembre la convention le déclare rebelle, c’est la fin de l’unité des dirigeants révolutionnaires et le début de la 3e phase de la révolution mexicaine, la plus terrible.

 

Une fois de plus la période est trouble, mais pour schématiser deux camps s’opposent dans cette guerre civile : l’axe des conventionnalistes, mené par Villa, et soutenu par Zapata, et l’axe des constitutionnalistes, fidèles à Carranza et Obregón.

L’alliance de ces deux derniers semblent plus solide que celle entre Villa et Zapata. Car si les 2 leaders paysans sont unis dans leur volonté de renverser Carranza et de mettre en place une réforme agraire forte, leurs rencontres, en décembre 1914 ne débouchent pas sur grand-chose de concret, car Villa est trop puissant pour un Zapata dont l’ambition se cantonne à diriger le Morelos et ses environs.

 


A gauche le camp des constitutionnalistes, avec Obregon et Carranza, à droite le camp des conventionnalistes avec Villa et Zapata. A noter que si Villa a l'air si joyeux c'est parce qu'il est assis dans le fauteuil présidentiel du palais national de Mexico. Le regard sombre de Zapata fait peut être suite à son refus de s'asseoir sur ce même "trône" présidentiel car pour lui : "il faudrait le brûler pour en finir avec les ambitions!"...

 

En novembre 1914 Carranza s’installe à Vera Cruz, où il rapatrie ses troupes et son gouvernement. Villa et Zapata en profitent alors pour rentrer triomphalement dans une Mexico désertée par les troupes constitutionnalistes. Le 06 janvier 1915, Carranza promulgue une petite réforme agraire, sans grande incidence d’un point de vue pratique mais d’une grande incidence dans les rangs paysans, puisque beaucoup d’entre eux cessent alors de soutenir Pancho Villa.

Cette manœuvre politique rééquilibre le rapport de force. De son côté Villa envoie son armée au Nord et à l’Ouest du pays, pour réduire à néant des poches pro-Carranza. Obregón, devenu le bras armé de Carranza, en profite, début 1915 pour se renforcer et reprendre Mexico, laissé quasiment vide par Villa. Cette défaite réduit presque à néant la coalition Villa-Zapata, puisque Obregón est parvenu à s’insérer entre leurs armées, et cantonne Zapata à guerroyer dans le Morelos et ses environs. Désormais la guerre civile s’oriente vers un duel au sommet entre Villa et Obregón.

 

Entre avril et juin 1915, plusieurs batailles au centre du pays vont émailler ce duel, il s’agit des combats les plus meurtriers de la Révolution, les armées comptant plus de 30 000 hommes chacune, souvent des miliciens plus convaincus par les primes promises par Villa ou Carranza que par une quelconque idéologie.

Obregón regroupe ses forces et les retranche à Celaya. C’est dans cette ville de l’État du Guanajato que va se dérouler une des batailles les plus importantes, si ce n’est la plus importante, de la révolution mexicaine. Avant celle-ci Obregón est encerclé dans la ville, mais lors des combats, entre les 6 et 15 avril 1915, il va appliquer les principes militaires utilisés au même moment lors la 1ère guerre mondiale : il place ses troupes dans des tranchées creusées préalablement et protégées par des barbelés et des mitrailleuses. Cette tactique moderne lui permet de prendre le dessus sur Villa, dont la tactique héritée du XIXème siècle, se résume pratiquement à lancer sa cavalerie à l’assaut. Celle-ci s’empêtre alors dans le dispositif défensif des constitutionnalistes. Obregón remporte ainsi cette bataille de Celaya, ne perdant que 800 hommes pour 4 000 villistes tués et 6 000 emprisonnés.


La tactique d'Obregón lui a permis de casser l’encerclement de ses troupes et de prendre un avantage décisif sur Villa. Dans les autres batailles du centre du Mexique, le centaure du Nord enchaîne les revers entre mai et juin 1915, notamment à Trinidad ou à Aguascalientes. Villa est en déroute, lui le spécialiste de la guérilla n’a pas réussi à s’adapter aux contraintes de la guerre classique entre deux armées nombreuses.

Le mythe de son invincibilité s’est évaporé, ses effectifs sont en berne et ses finances au plus bas. Ce manque de liquidités lui pose problème, car les armes voient leurs prix exploser à cause de la guerre en Europe. Pour pouvoir obtenir l’argent nécessaire à la poursuite de sa révolte, Villa va forcer des hommes d’affaire à lui accorder des prêts, ce qui va fortement déplaire aux Américains, qui lui tournent définitivement le dos. Le déclin de Villa est alors violent, il perd plusieurs nouvelles batailles dans le Nord, si bien que, fin 1915, il doit se réfugier dans les montagnes du Chihuahua.

 
La révolution mexicaine a concernée toute la population, ainsi il n'était pas rare de voir des enfants participer aux combats. De même les femmes ont eu un rôle important dans le conflits, les "soldaderas" étaient des femmes qui suivaient les troupes, elles avaient un rôle d'intendance puisqu'elles installaient les campements, cuisinaient, soignaient les blessés et allaient même jusqu'à participer aux pillages!

Désormais Carranza a solidement assis sa position de « Primer Jefe », si bien que, le 19 octobre 1915, il est officiellement reconnu dirigeant du Mexique par l’omnipotent voisin américain.

Cette reconnaissance provoque l’ire de Villa. En représailles il fait tuer une quinzaine d’ingénieurs américains installés dans le Chihuahua. Puis le 09 mars 1916, il mène un raid sur le territoire américain, à Columbus. Bilan de ce raid kamikaze : 100 morts pour Villa, 17 côté américain, mais une recrudescence de la popularité de Villa au Mexique.

La riposte des USA ne se fait pas attendre, le 15 mars 1916, 5000 soldats entrent sur le territoire mexicain, avec la bénédiction de Carranza, pour capturer Villa. Mais la population hostile et l’environnement montagneux et rude du Chihuahua les empêchent de mettre la main sur le rebelle, si bien que la troupe américaine rentre bredouille chez elle, en février 1917.

 

À cette date, le Mexique n’est pas complètement pacifié, Villa et Zapata guerroient toujours dans le Chihuahua et le Morelos, et plusieurs groupes de bandits de grands chemins ravagent certaines régions, à base de pillages. Mais plus aucun chef de faction révolutionnaire n’est en mesure de contester le pouvoir de Carranza. Le Primer Jefe va asseoir un peu plus son pouvoir en faisant adopter une nouvelle
constitution au Mexique, le 05 février 1917
. Cette constitution
marque la fin des haciendas, la redistribution des richesses du sol au peuple mexicain, la mise en place d’une véritable éducation nationale et l’adoption d’un code du travail. Le mandat présidentiel est également limité à 4 ans non renouvelables. La stabilité semble enfin de mise avec l’élection de Carranza comme 1er président du Mexique sous cette nouvelle constitution, le 01 mai 1917.

 

Mais la révolution n’est pas tout à fait terminée, car des troubles persistent sous le mandat de Carranza.

Le pays est toujours en proie aux pillages et aux combats sporadiques. Ces troubles sont partiellement éteints, le 10 avril 1919, avec l’assassinat de Zapata qui désorganise totalement le mouvement paysan qui lui était resté fidèle malgré les réformes.

À l’approche des élections suivantes Carranza ne peut légalement se représenter et décide de soutenir un candidat fantoche contre son ancien bras droit, Obregón, car il ne veut pas qu’un militaire s’empare du pouvoir.

Ce choix déplaît logiquement à Obregón, qui a le soutien de l'armée, appelle à renverser le président, le 23 avril 1920.

Isolé, Carranza tente de s’exiler à Vera Cruz, mais son plan échoue puisqu’il est abattu dans sa fuite, le 21 mai 1920.

Le président par intérim va alors négocier le dépôt des armes de Villa. Le centaure du Nord sera finalement assassiné à son tour en 1923, à une époque où la révolution est cette fois bien terminée. En effet, Obregón, finalement élu président en décembre 1920, s’est attelé, avec succès, à pacifier un Mexique, qui vient de passer une décennie de révolution.

Alvaro Obregon bien installé sur un siège présidentiel qui aura

porté malheur à ses occupants durant toute la révolution

 

Le conflit a laissé des traces : on dénombre environ 1 000 000 de victimes (soit 7 % de la population), dont 200 000 sur les champs de bataille, le reste à cause des maladies et des épidémies inhérentes au conflit. Ce bilan fait de la révolution mexicaine la guerre la plus meurtrière ayant eu lieu sur le continent américain, hors colonisation. En plus de ce cataclysme démographique, et des tensions qui persisteront pendant des années, le pays a perdu la compétitivité acquise sous le porfiriat ; les nombreuses émissions de billets par les divers groupes révolutionnaires ont entraîné une hyperinflation qui a fait s’effondrer le peso, tandis que la destruction de l’excellent réseau ferroviaire porfiriste, souvent utilisé pour acheminer les différentes troupes et donc cible de nombreux sabotages, a posé problème pour le commerce et le ravitaillement de la population.

Mais sa révolution a, heureusement, eu des aspects bénéfiques pour le Mexique, elle a permis la mise en place de la constitution de 1917, qui constitue une base solide pour l’avenir du pays, puisqu’elle est toujours en vigueur aujourd’hui. Elle a aussi réglé partiellement le problème agraire, a détruit le pouvoir de la vieille oligarchie porfiriste et a lancé l’industrialisation mexicaine.

D’un point de vue plus cocasse, la révolution mexicaine, souvent éclipsée par la 1ère guerre mondiale, a marqué l’imaginaire collectif avec la création de l’expression « une armée mexicaine », expression qui résume la réalité de ces années de confusion et qui désigne une armée où beaucoup de postes honorifiques sont distribués et où les donneurs d’ordre sont souvent incohérents. Aussi incohérent que la présence de Porfirio Díaz dans un cimetière parisien !



27/11/2013
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