Mondoculture, le blog des découvertes

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Partie II: Le conflit nord-irlandais - La lutte pour l'indépendance

A cette époque un évènement majeur va marquer l'Histoire de l'Irlande: la Grande Famine. L'île comptait 8 millions d'habitants en 1845, avant l'apparition du mildiou, un champignon qui anéantit les cultures de pommes de terre de 1845 à 1851, pommes de terre qui servaient de nourriture de base aux paysans irlandais.

Outre la mort d'un million de personnes, issues majoritairement des classes sociales les plus pauvres, la grande Famine a provoqué une vague d'émigration jamais vue jusque là. On estime que l'Irlande a perdu un quart de sa population en 10 ans, entre 1841 et 1851, l'émigration devint alors structurelle et se poursuivit jusqu'en 1911. A cette date, on compte 4,4 millions d'habitants en Irlande, soit approximativement le même nombre qu'en 1800.

De nombreux pays accueillent ces émigrés, notamment les États-Unis (Boston devient la première ville irlandaise au monde), l'Angleterre, le Canada, ou encore l'Australie. Ce qui explique aujourd'hui l'importante diaspora irlandaise dans le monde. Pour l'anecdote, Charles De Gaulle avait une arrière-grand-mère irlandaise! (Angélique Mac Cartan)

 

Après la Grande Famine, vient l'heure des comptes, et les Irlandais accusent les Anglais de les avoir abandonnés. Cet événement va provoquer le renouveau du nationalisme irlandais et relancer la rancœur de la population irlandaise contre la perfide Albion. John Mitchell, membre actif du mouvement Young Ireland écrit en 1860: «Le Tout-Puissant, en effet, a envoyé le mildiou, mais les Anglais ont créé la famine»

 

Famille irlandaise quittant son village pour émigrer au Canada, entre 1845 et 1850

 

En 1848, le mouvement révolutionnaire et nationaliste irlandais Young Ireland va marquer l'histoire du pays en créant le drapeau tricolore, sur le modèle du drapeau tricolore français.

Le vert représente les catholiques, l'orange les protestants, et le blanc au milieu représente l'espoir d'une paix entre les deux communautés.

 

 

Créé en 1848, le drapeau tricolore sera utilisé officiellement dès 1922

 

A partir des années 1880, l'Irish Parliamentary Party, parti nationaliste irlandais, réclame la Home Rule, c'est à dire une autonomie interne de l'Irlande, tout en restant sous la tutelle de la couronne britannique.

D'autres organisations, comme le Sinn Féin fondé en 1905 par le journaliste Arthur Griffith, réclament, quant à elles, l'indépendance pure et simple de l'Irlande.

 

Après deux tentatives infructueuses, la Home Rule Bill, accordant une autonomie interne à l'Irlande tout en restant sous la tutelle britannique, est finalement adoptée en 1912.

Cependant, aucun des deux camps n'est réellement satisfait et les tensions s’exacerbent. Les opposants du comté du Ulster (où de nombreux colons britanniques se sont installés dans le passé) créent l'Ulster Volunteer Force en 1912, milice unioniste soutenue par la bourgeoisie protestante (l'organisation est en partie financée par Rudyard Kipling, l'auteur du Livre de la Jungle). En réaction, les partisans nationalistes en faveur de l'autonomie créent les Irish Volunteers en 1913, milice nationaliste qui sera intégrée à l'IRA en 1919. La mise en place du Home Rule sera repoussée à la fin de la Première Guerre Mondiale.

 

Les observateurs étrangers sentent la tension monter sur l'île. Le consul de France déclare en 1914 qu'« il suffirait d’une étincelle pour provoquer en Irlande une sérieuse guerre civile ». Celle-ci a bien failli avoir lieu lors de l'Insurrection de Pâques de 1916 – the Easter Rising-

Le 24 avril 1916, 750 membres des Irish Volunteers et de l'Irish Citizen Army prennent les armes et proclament la République irlandaise à Dublin. Malheureusement pour les insurgés, le mouvement n'a pas été suivi dans les autres villes ni à la campagne et fut écrasé après 5 jours de combats. La répression des Britanniques fut sanglante, et les leaders du mouvement, tels que Connolly et Pearse furent fusillés. Bien que d'un point de vue militaire, l'opération fut un échec, la majorité des Irlandais a sympathisé avec leurs idées, ce qui a renforcé chez eux le sentiment anti-britannique.

Surtout, la fin du soulèvement sera l'acte de naissance de l'IRA, l'Irish Republican Army, le leader Connolly ayant déclaré pendant la rébellion: « Vous n’êtes plus les Volunteers ou la Citizen Army, il n’y a plus qu’une seule armée, l’Irish Republican Army. » 

Ci-dessus la déclaration d'indépendance signée par les sept leaders du mouvement et des insurgés lors de l'Easter Rising en 1916.

 

Lors des élections générales de 1918, le Sinn Féin remporta 91% des suffrages en dehors de l'Ulster, mais resta en minorité en Ulster, à majorité unioniste. Le parti demanda alors à siéger non pas à Westminster, mais dans un Parlement irlandais, qui fut appelé le First Dáil. Pour sa première session tenue à Dublin le 21 janvier 1919, la déclaration d'indépendance est adoptée par l'Assemblée Nationale de la République d'Irlande et affirme qu'il "existe un état de guerre entre l'Irlande et l'Angleterre »

Le texte de la déclaration fut adopté en irlandais, anglais...et en français! Seule l'Union Soviétique reconnut officiellement la république proclamée.

C'est alors que commence la guerre anglo-irlandaise qui oppose l'Irish Republican Army à l'armée britannique ainsi qu'à des groupes paramilitaires pro-britanniques comme les Black & Tans.

 

Après deux années de conflits, le Premier Ministre britannique David Lloyd George réalise qu'il est embourbé dans une guerre qu'il ne peut gagner, l'écrasante majorité de la population irlandaise ayant basculé du côté des nationalistes. De leur côté, les Irlandais (en particulier Michael Collins, l'organisateur de l'IRA) se rendent compte qu'ils ne pourraient obtenir une victoire complète après le demi-échec de leur politique d'attaque frontale contre l'armée britannique. Eamon de Valera, président de l'Irlande s'accorde avec son homologue britannique sur les termes d'un cessez-le-feu, et envoie Michael Collins et Arthur Griffith négocier avec les Britanniques.

Le cessez-le-feu de juillet 1921 aboutit au traité anglo-irlandais de décembre 1921... mettant fin à la guerre et donnant la naissance de l’État libre d'Irlande! Le traité prévoit aussi que l'Irlande du Nord, créée par le Government of Ireland Act de 1920, peut choisir d'intégrer l’État libre d'Irlande ou non. Finalement, les Irlandais du Nord, majoritairement protestants, choisirent de rester sous le giron de la couronne britannique, mais avec leur propre Parlement, basé à Belfast.

 

Suite au cessez-le-feu, les violences continuèrent en Irlande du Nord entre catholiques et protestants. Quant au tout jeune État libre d'Irlande, les débuts sont difficiles. Alors qu'il vient tout juste de faire ses premiers pas, il se voit divisé et impliqué dans une nouvelle guerre, une guerre civile et fratricide entre anciens compagnons d'armes.

 

En effet, bien que signé par Michael Collins et Arthur Griffith, leaders du Sinn Fein, certains, dont Eamon De Valera, refusent le traité, qui prévoit non seulement la partition de l'île, mais également le fait que l’État libre d'Irlande ait un statut de dominion et que les membres du Parlement irlandais jurent allégeance à la couronne britannique. Tout simplement inadmissible pour Eamon de Valera, un des leaders de la guerre d'indépendance, qui refuse le traité et essaye de prendre le contrôle sur l'IRA. Une partie de l'IRA pro-traité, restera fidèle à Michael Collins, les anti-traités se regrouperont derrière Eamon de Valera et créeront la nouvelle IRA.

 

La guerre civile prendra fin en mai 1923 avec la reddition d'Eamon de Valera et des Républicains, mais aura fait 4000 morts après plus d'un an de conflit.

 

Si vous avez 2 heures devant vous et que vous comprenez l'anglais (même parlé avec l'accent irlandais), nous vous conseillons Le Vent se lève de Ken Loach, ayant obtenu la Palme d'Or à Cannes en 2006, et traitant de la guerre anglo-irlandaise puis de la guerre civile qui suivit.

 

Pendant ce temps en Irlande du Nord, le nouvel État du Royaume-Uni, bien qu'il il n'y ait pas de guerre civile, les tensions entre les communautés catholiques et protestantes sont grandissantes.

Le nouvel état est composé de six comtés à majorité protestante et les catholiques subissent une forte discrimination.

Les comtés de Donegal, Monaghan, et Cavan, à forte majorité catholique, sont restés en République d'Irlande suite au traité anglo-irlandais de 1921

 

Dès sa fondation, le découpage des comtés est effectué de telle manière que les partis unionistes remportent les élections, même dans les comtés où les catholiques sont majoritaires. Par exemple, à Derry, quand 10 000 catholiques ont 8 sièges au conseil municipal, 7 500 protestants en possèdent 12!

 

La discrimination concerne également l'emploi, les grands patrons des sociétés étant protestants, ces derniers sont réticents à embaucher des catholiques. L'administration n'échappe pas à ce principe, une forte discrimination à l'embauche fut appliquée dans l'administration en Irlande du Nord. Par exemple, en 1959, seulement 6% des fonctionnaires sont catholiques. Cette même discrimination s'applique dans un domaine clé du pays: la police. Alors que la Royal Ulster Constabulary (police royale de l'Ulster) devait en théorie être composée d'un tiers de catholiques, elle n'en comptait que 10%.

 

Ces différentes discriminations auront non seulement pour effet de provoquer un exode des catholiques (90 000 catholiques émigrent entre 1937 et 1961) mais également de faire rentrer le pays dans la période la plus sombre de son Histoire: les « Troubles »... une période de guerre civile meurtrière entre les Républicains à majorité catholique et les Unionistes à majorité protestante.

 

Suite et fin: Les Troubles, la période la plus sombre de l'histoire de l'Irlande du Nord



20/08/2013
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