Mondoculture, le blog des découvertes

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III-Les raisons de ces triomphes- Gengis Khan:

À sa mort, l'œuvre de Gengis Khan est colossale : il a unifié les tribus mongoles, conquis la moitié de la Chine, fait chuter l'hégémonie turque, stoppé l'expansion de l'Islam vers l'est, menacé la chrétienté et organisé un empire immense, supérieur en taille à celui d'Alexandre le Grand. Ces prouesses s'expliquent par divers éléments.

 

La principale explication tient en la personnalité de Gengis Khan, bien qu'il soit difficile de démêler le vrai du faux des informations connues autour conquérant. En recoupant les différentes sources, il semble toutefois que Temudjin, qui était grand et sec élancé, ce qui lui permettait d'être un puissant guerrier, était un habile politicien, doté d'un charisme certain. En 1973, Louis Hambis, spécialiste de l'Asie, résume les principaux traits de caractère de Gengis Khan en écrivant qu'« il était un homme calme, ne s'emportant pas, maître de soi et imposant son autorité avec un tel naturel qu'elle ne fut contestée que rarement. Il s'intéressa aux croyances des peuples vaincus, sans se passionner pour l'une ou pour l'autre, considérant que toutes les règles morales sont bonnes, sans qu'aucune d'entre elles soit meilleure ».

 

Portrait de Gengis Khan, Il n'existe aucune représentation de Gengis Khan de son

vivant mais il inspira beaucoup d'artistes fascinés par son épopée.


Nous avons déjà observé à plusieurs reprise qu'il avait en horreur les actes de trahison, qu'il sanctionnait systématiquement de la peine de mort ; cette sanction et son charisme naturel faisaient de lui un homme grandement respecté par ses hommes, prêts à donner leur vie pour leur empereur. Gengis Khan était un véritable meneur d'hommes, un galvaniseur capable de pousser ses hommes à chevaucher et à se battre aux quatre coins de son empire des années durant. Il était d'autant plus apprécié de ses troupes qu'il savait les écouter et leur faire confiance. En effet, il a rapidement imposé la méritocratie au sein de son armée : si la trahison et le refus d'obéir étaient lourdement sanctionnés, la prise de parole et les idées de chacun étaient encouragées.

D’autre part, les membres de la famille de Gengis Khan n'étaient pas toujours assurés d'occuper les postes-clés de l'armée, comme cela est généralement le cas dans la plupart des familles de conquérants. Un mongol non issu de la famille impériale peut ainsi devenir officier s’il fait ses preuves sur les champs de bataille et les meilleurs officiers peuvent devenir oerleuks (sorte de maréchaux), à qui sont confiés les corps d'armée pour les campagnes secondaires. Ces derniers ont la confiance absolue de Gengis Khan et ont également pour mission d'évaluer les fils et les membres de sa famille lors de leurs premières campagnes. Si les rapports des oerleuks sont défavorables, les proches de Gengis Khan peuvent être rétrogradés au rang de simples soldats. Il faut toutefois mettre un bémol à cette pratique de méritocratie, inédite à l'époque, car à la fin de sa vie, Gengis Khan prend l'avenir avec plus de considération et s'assure une sélection de successeurs parmi ses descendants. Il choisit ainsi son 3e fils, Ogödeï, comme héritier, et établi une méthode de sélection de ses sous-chefs, en spécifiant qu'ils doivent provenir de sa descendance directe.

 

 Portrait d'Ogodeï

 

Le grand Khan se distingue également par une ouverture religieuse, rare pour un conquérant. Les traditions animistes des mongols étaient assez profondes, leur relative absence de pratiques religieuses ne masquant pas leur attachement à Tengri, le dieu du ciel. Selon de nombreux auteurs, Gengis Khan était un strict monothéiste, qui faisait preuve d'une grande tolérance vis-à-vis des autres croyances. En 1222, Gengis Khan, qui se sent vieillir, rencontra le moine taoïste Qui Changchun et lui demande alors s’il connaît la formule de l'élixir d'immortalité. Malgré la réponse négative du moine, Gengis Khan se fait expliquer les principes du Taoïsme, et en échange de cet apprentissage, Gengis Khan décide que les disciples du moine seront exemptés d'impôts. Cet œcuménisme du conquérant mongol est également illustré par le fait qu'il se fait expliquer l'Islam par les ouléma (docteurs de la loi musulmane) de Bukhara, ou encore qu'à Karakorum, son camp de base, on retrouve des musulmans, des bouddhistes, des brahmanistes, des taoïstes et même des chrétiens romains venus discuter religion et philosophie en toute quiétude. Gengis Khan était une personne très curieuse, il s'entretenait souvent avec des étrangers pour connaître leurs coutumes, leur religion et leurs voyages.

 

Un autre aspect, plus anecdotique mais non moins étonnant, de la personnalité de Gengis Khan est sa crainte des femmes de sa famille, car oui, l'homme qui terrorisait tout le continent asiatique, voire davantage, craignait ces femmes proches. « L'Histoire secrète des Mongols » nous transmet une phrase qu'il aurait prononcé : « Ma mère me fait peur, devant elle j'ai honte ». Même si on lui prête des centaines d’aventures – il serait même mort dans les bras de l'une d'entre elles –, Gengis Khan est toujours resté très attaché à Börte ; celle-ci a toujours eu une grande influence sur lui, elle l'aurait notamment exhorté à s'opposer à Jamuqa et,plus tard, à assurer sa succession.

 

Au-delà de cette personnalité assez difficile à cerner, Gengis Khan s'avère également être un bâtisseur de la nation mongole. Ainsi, si les mongols ont parfois massacrés sauvagement les populations ennemies, Gengis Khan a toujours donné pour consigne d'épargner les prêtres et les artisans, identifiés en amont par des espions. Cela avait pour but d'enrichir les connaissances de son peuple. C'est également lui qui introduit l'écriture dans le peuple mongol, peuple de tradition orale. Pour cela, il reprend l'alphabet Ouïgoure, toujours en vigueur dans l'actuelle Mongolie.

 

Toutefois la grande œuvre de Gengis Khan reste sans doute le Yassak, qui constitue le premier code juridique mongol, entré en vigueur en 1206 au moment de sa nomination impériale. Le Yassak avait pour objectif de donner une cohésion au peuple mongol – les peuples conquis n'y étaient pas soumis. Dans ce code, le conquérant insiste sur le principe de sa souveraineté absolue, mais également sur l'importance de l'union des mongols. Le Yassak encourageait le sens de la justice ; pour être condamné, tout délit devait être attesté par trois témoins et « les grands qui oppressent les faibles [étaient] condamnés sans appel ». Le Yassak avait aussi une fonction civilisatrice du peuple mongol : le fait d'uriner en public et l'adultère étaient sévèrement punis, ce qui est assez contradictoire avec la vie sexuelle assez mouvementée de Gengis Khan. Il obligeait également  les mongols à partager leur repas avec les voyageurs de passage et ne les autorisait qu'à une seule beuverie mensuelle. Finalement ce code peut se résumer en une formule « défense de désobéir à la loi et au Khan ». Le Yassak est considéré par beaucoup comme le début d'une période nouvelle de stabilisation parmi les peuples nomades d'Asie centrale.

 

La personnalité charismatique de Gengis Khan et sa volonté de structurer son peuple expliquent en grande partie l'extraordinaire expansion mongole ; toutefois, celle-ci se serait avérée impossible sans leur puissance militaire. En effet, loin des clichés sur les hordes barbares, l'armée de Gengis Khan est une machine très bien huilée, avec une tactique très travaillée.

L'armée mongole est composée essentiellement de l'excellence du guerrier mongol dans deux domaines: le tir à l'arc (enseigné très tôt aux enfants des deux sexes) et la cavalerie –les mongols étant des cavaliers hors pair utilisant de petits chevaux  rustiques, sobres et endurants. Ces chevaux originaires des steppes peuvent parcourir jusqu'à 100 km par jour en condition optimale et se nourrissent facilement avec ce qu'ils trouvent. L'armée mongole n'a donc pas besoin de transporter de fourrage, ce qui est un avantage logistique indéniable.

 

 Illustration représentant un cheval mongol, caractérisé par a petite taille


L'armée mongole possède un autre avantage, elle a une très grande réactivité, et peut se mettre en marche en un temps record. Pour cela les soldats ont pour obligation de disposer de plusieurs chevaux, au minimum trois, afin d’avoir toujours une monture reposée et rassasiée pouvant encaisser d'importantes distances quotidiennes. Gengis Khan impose également à ses guerriers d'être immédiatement libres en cas de départs précipités ; ils doivent donc avoir en permanence des vivres disponibles (de la viande séchée souvent) et avoir leurs armes prêtes.

 

En ce qui concerne la tactique à proprement parler, celle-ci est décidée au sein de la Kouriltaï (assemblée du peuple), tout comme le choix des campagnes à mener. Les stratagèmes divers destinés à dérouter leurs adversaires peuvent être proposés par n'importe quels officiers ou sous-officiers, puis sont testés et répétés pendant la préparation de la campagne et l'instruction des gradés. La préparation des campagnes est minutieuse, il faudra attendre Napoléon Bonaparte pour retrouver une telle méticulosité, et une très grande discipline règne : l'obéissance est impérative, sous peine de mort.

 

Les mongols tentent d'éviter les affrontements directs, ils préfèrent le harcèlement pour démoraliser l'ennemi et épargner leurs propres vies. C'est ainsi que l'une de leurs tactiques favorites consiste à simuler une charge directe avec un repli juste avant le contact avec l'armée ennemie, afin de simuler une fuite. Cela incite les ennemis à se lancer de manière désordonnée à leur poursuite, rompant ainsi leur formation. Une fois arrivés sur un terrain favorable, les cavaliers mongols décochent alors des flèches par-dessus leurs épaules, et déciment leurs adversaires. Cette tactique a été adaptée aux caractéristiques de l'armée mongole qui était presque entièrement (voire totalement au début) composée d'archers à cheval. Cette cavalerie légère était souvent en infériorité numérique et devait donc économiser la vie des ses guerriers.

 

 

Archers à cheval au combat (illustration d'un manuscrit du début du XIVe siècle)

 

 

Les campagnes sont préparées très en amont : des espions implantés longtemps à l'avance renseignent sur l'état du moral et sur la stabilité politique des peuples attaqués. Plusieurs mois à l'avance, des reconnaissances signalent les passages difficiles, les passages sans ravitaillement (désert, zone de pillage impossible…), les points d'eau, les pâturages…

 

Dans cette volonté de limiter les pertes humaines, l'armée mongole est organisée en système décimal ; les vétérans occupent les flancs, tandis que les recrues sont placées au centre. Les déplacements de troupes sont protégés très en avant : des éclaireurs renseignent sur la position de l'ennemi, sur sa force ou sur les éventuelles conditions climatiques défavorables ; de fortes avant-gardes, capables d'affronter des forces importantes, précèdent l'armée, lui donnant ainsi le temps d'intervenir ; des flancs-gardes et arrière-gardes servent quant à elles à éliminer des oppositions réduites, telles que l’arrivée d’alliés de l'ennemi.

 

L'armement des soldats est composé essentiellement d'arcs avec une portée de plus de 300 mètres et de petites épées (très peu utilisées car les mongols évitent les corps à corps). Ce sont également les premiers à utiliser des bombes, qui sont en fait des boules de céramique creuses remplies de poudre noire.

 

Comme nous l'avons évoqué précédemment, les troupes de Gengis Khan ont, lors de leurs premières conquêtes, eu beaucoup de mal à conquérir des cités fortifiées telles que Pékin, du fait de leur méconnaissance de l'art du siège. Leur tactique se résumait en effet à détourner les rivières et à créer des famines dans les villes assiégées. Pour remédier à ces difficultés, les mongols vont recruter de force des spécialistes dans les villes conquises, la plupart de ces artisans réquisitionnés étant des artilleurs chinois, que Gengis Khan regroupe en corps d’armée, appelé corps du génie (où ils bénéficient d'une solide prime et de divers avantages assurant leur fidélité). Ogödeï sera nommé à la tête de ce corps auxiliaire. Ils apportent aux mongols leur savoir-faire en matière de construction de machines de siège et les connaissances qui feront d'eux de redoutables meneurs de siège, en particulier grâce à l'utilisation de poudre à canon et à la construction de trébuchets, de catapultes et de béliers.

 

Pour sélectionner les spécialistes à embrigader, les besoins sont anticipés en amont, dès la préparation de la conquête. La liste de la ou des personnes qualifiées d'une ville est établie par les espions, lesquelles seront alors épargnées, ainsi que leurs familles, puis intégrées au corps du génie. Ces spécialistes, tout comme la plupart des religieux, ont une chance incroyable par rapport aux autres citoyens de leurs cités: celle de survivre à la puissance mongole.

 

La réputation sanguinaire et sauvage des mongole n'était pas vraiment usurpée, eut égard à leur tactique de la Terreur, tactique à la fois militaire et psychologique, qu’ils utilisaient lors de leurs conquêtes. C’était une arme redoutable qui consistait à proposer aux villes de se rendre en des termes favorables (proposition souvent faite à la plus grosse ville de la région) ; le fait que les mongols étaient constamment précédés d'une réputation d'envahisseurs invincibles et cruels permettait alors de désorganiser les cités ennemies, car les dirigeants de ces dernières avaient du mal à convaincre le peuple de résister. Si malgré cette proposition, les ennemis de Gengis Khan refusaient de se rendre, la sanction était terrible: les mongols pillaient la ville et exécutaient la population entière (sauf les ouvriers qualifiés et les prêtres). La ville était ensuite brûlée et rasée, à tel point que certaines villes prospères du Kazhrem n'ont jamais été retrouvées.

Il arrive également que, pour impressionner leurs adversaires, les conquérants édifient des pyramides de crânes à l'extérieur de la vieille ville. Ils permettent également régulièrement à des survivants de s'enfuir pour répandre la Terreur dans la région et augmenter ainsi les chances de reddition des cités alentour. Enfin, cette technique de la Terreur sert aussi à pacifier les zones conquises peu gardées (bien que surveillées par des troupes d'élite), du fait des effectifs réduits de l'armée mongole, en faisant craindre une répression sanglante aux éventuels agitateurs. Si l’on ajoute à tout cela le fait que les contraintes imposées par l'occupant étant assez réduites (le Yassak ne s’appliquait pas aux régions soumises et la liberté de culte était de mise dans tout l’Empire), on comprend mieux pourquoi l’empire mongol a connu très peu de révoltes internes et a permit de pacifier toute la haute Asie, favorisant ainsi le commerce dans cette zone.

 

Pour conclure, on peut dire que plusieurs éléments expliquent la formidable expansion mongole sous Gengis Khan : sa personnalité charismatique, l'organisation minutieuse des campagnes, l'embauche forcée d'ouvriers qualifiées des cités vaincues et la réputation de guerriers sanguinaires acquise et entretenue par les mongols.

 

précèdent



10/09/2012
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