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Partie III: Les Troubles - Les années les plus sombres de l'Histoire de l'Irlande

La montée des discriminations (politiques, économiques et sociales) à l'encontre des catholiques en Irlande du Nord a provoqué, dans les années 60 à l'apparition d'un mouvement des droits civiques.

Le mouvement, mené entre autre par la NICRA ( Norther Ireland Civil Rights Association), n'a pas comme finalité la remise en cause du statut de la province, mais simplement une égalité de traitement entre catholiques et protestants, à l'image de la lutte des Noirs américains aux États-Unis.

Marche pour les droits civiques organisée par la NICRA, à Derry

 

Les catholiques organisent alors des marches pacifiques dans la province, dont certaines sont durement réprimées par la RUC (Royal Ulster Constabulary, la police nord-irlandaise à majorité protestante). La marche d'octobre 1968 marquera un tournant dans la suite des événements, certains la considérant comme le point de départ des Troubles. Celle-ci, interdite par les autorités, fut réprimée après trois jours d'émeute et 77 personnes furent blessées.

 

Autre incident notable: la bataille du Bogside en août 1969, qui fit 9 morts et 750 blessés après 2 jours d'émeute, suite à la tentative de la RUC d'investir le ghetto catholique de Bogside, à Derry. Lors de cette bataille, le gaz lacrymogène fut utilisé pour la première fois sur le sol britannique.

 

L'IRA ayant déposé ses armes en 1962 (elles seront vendues en 1968 à la Free Wales Army), ne put protéger les ghettos catholiques des différentes attaques de la RUC. Mais suite à la montée des persécutions, une partie des membres de l'IRA en faveur d'une réponse «par les armes» scissionna pour former l'IRA Provisoire. Les membres du mouvement en faveur d'un tournant politique se rebaptisent quant à eux, l'IRA Officiel.

 

Avec la création de l'IRA provisoire et le regroupement de toutes les milices unionistes en une puissante organisation, la Ulster Defence Association (l'UDA) qui comprend une branche armée (l' Ulster Freedom Fighters) le conflit se radicalise, et provoquera une escalade de violence qui durera pendant près de 30 ans.

 

Le 30 janvier 1972, un événement malheureux (rendu mondialement connu par une chanson de U2): le Bloody Sunday (le dimanche sanglant) eut lieu à Derry.

Ce jour, la NICRA organise une marche dans la ville de Derry afin de protester contre l'internement administratif (permettant à l'armée anglaise d'emprisonner n'importe qui sans procès), décidé par le gouvernement nord-irlandais en août 1971, et réclame le même droit de vote pour les protestants et les catholiques. Bien qu'interdite par les autorités, les organisateur maintiennent la marche. Le régiment parachutiste britannique sur place reçoit l'information selon laquelle un sniper de l'IRA opére dans la zone, mais aussi l'ordre de tirer à balles réelles. John Duddy, jeune homme de 17 ans qui fuyait les parachutistes aux côtés d'un prêtre, fut abattu d'une balle dans le dos. Bien que l'ordre fut  donné aux soldats de cesser le feu, ceux-ci continuèrent de tirer sur la foule et tuèrent 12 autres personnes, dont certaines tentaient d'aider ceux  tombés sous les balles.

John Johnston, un homme de 59 ans, mourra 4 mois et demi plus tard de ses blessures, les soldats le prirent pour cible alors qu'il n'était pas dans la marche, il se rendait chez un ami.

 

Une première enquête fut menée par une commission concluant rapidement au blanchiment de l'armée britannique, affirmant qu'elle n'avait fait que répondre aux tirs de l'IRA.

Version qui n'a jamais convaincu les nationalistes. En 1998, 29 ans après les faits, Tony Blair demande une enquête. Entre 1998 et 2004, 921 témoins sont interrogés et 1555 témoignages écrits passés au peigne fin. Attendus pour 2007, les conclusions de l'enquête ne sont rendues que le 15 juin 2010 à Derry. Selon l'enquête, les soldats ont tiré sur des innocents sans menace et sans avertissements, ceux-ci ont donc menti sur les circonstances de l'incident.

Le Premier Ministre britannique David Cameron s'excusera à la chambre des Communes au nom de la Grande-Bretagne.

 

 

 Le groupe irlandais U2 immortalisa l'évènement par la chanson Sunday Bloody Sunday

 

 

Ces évènements gonflèrent les rangs de l'IRA Provisoire qui riposta lors du Bloody Friday du 21 juillet 1972. Elle posa 22 bombes dans les rues de Belfast, tuant 9 personnes et en blessant 130 autres.

 

Le 24 mars 1972, c'est la Direct Rule: l'Irlande du Nord est gouvernée par Westminster, le gouvernement nord-irlandais est suspendu. Un secrétaire d'Etat à l'Irlande du Nord est alors nommé, il institue un exécutif interconfessionnel et fait élire un nouveau Parlement à la proportionnelle.

 

 

Pendant le conflit, il faut cependant noter la tentative de réconciliation de la part de certaines organisations, à l'instar du Mouvement des femmes pour la paix, dirigé par la catholique Mairead Corrigan et la protestante Betty Williams. En 1976, elles obtiendront le Prix Nobel de la paix pour leurs actions.

Face à son impopularité, l'IRA, qui commet de nombreux attentats sur le sol britannique (dont celui qui coûta la vie au Lord Mountbatten, oncle de la reine Elizabeth II), essaye de mettre à mal les Britanniques dans l'opinion internationale. Certains membres de l'IRA commencèrent des grèves de la faim en prison. En 1981, 10 d'entre eux décèdent face à l'inflexibilité du Premier Ministre d'alors, une certaine Margaret Thatcher, qui déclara: «On ne parle pas avec les terroristes»

Mural à Belfast rendant hommage à Bobby Sands, un des grévistes de la faim qui mort en prison

 

Pourtant, le début des années 80 marque une amorce de dialogue entre l'Irlande et la Grande-Bretagne. Signé en 1985 à Hillsborough, l'accord anglo-irlandais donne un droit de regard à Dublin sur les affaires de l'Irlande du Nord, et prévoit que le statut de l'île ne pourra être changé sans le consentement de la majorité de la population.

Lors d'un nouveau forum pour la paix, la déclaration dite de Downing Street, la Grande-Bretagne associe le Sinn Féin aux négociations et envisage pour la première fois la possibilité de renoncer à sa souveraineté sur l'Irlande du Nord si une majorité se dégageait en faveur de la réunification.

 

De timides avancées au cours des années 80 et 90 mèneront finalement à un accord de paix afin de mettre fin à 30 années de Troubles. Le 10 avril 1998, sous l'impulsion du Premier Ministre britannique Tony Blair, l'accord du Vendredi Saint est signé.

 

L'accord prévoit principalement :

  • L'élection d'une assemblée locale d'Irlande du Nord ;

  • La création d'un conseil des ministres dirigé par un premier ministre d'Irlande du Nord ;

  • Le désarmement des groupes paramilitaires (IRA Provisoire, UDA, etc.) ;

  • La création d'instances de coopération entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord.

  • L'abolition de la revendication territoriale de la République d'Irlande sur l'Irlande du Nord (29 décembre 1937).

  • La reconnaissance, pour chaque personne née en Irlande du Nord, du droit de s'identifier et d'être accepté en tant qu'Irlandais ou Britannique, ou les deux, quoi que cette personne choisisse ;

  • La confirmation que le droit de détenir les deux citoyennetés, irlandaise et britannique, est accepté par les deux gouvernements, quelle que soit l'évolution du statut de l'Irlande du Nord à l'avenir.

 

Parce que les chiffres parlent parfois plus que les mots, ceux du conflit nord-irlandais sont éloquents:

  • plus de 3 480 morts (civils et militaires composés d’hommes, de femmes et d’enfants)

  • de 47 500 blessés

  • de 19 600 prisonniers emprisonnés sans jugement

  • de 37 000 fusillades

  • de 16 200 attentats

 

Quinze ans après cet accord, le bilan est mitigé pour la province qui compte aujourd'hui 1,8 millions d'habitants. De nombreux progrès ont été effectués dans la route vers la paix. Par exemple, la création d'un gouvernement semi-autonome composé des partis catholiques et protestants modérés en 1999, la destruction de son stock d'armes par l'IRA en 2005, le transfert des pouvoirs de police et de justice de Londres à Belfast en 2010, ou encore la poignée de main historique en juin 2012 entre la reine Elizabeth II et Martin Mc Guiness, vice premier ministre du pays et ancien commandant de l'IRA.

En outre, la province est dirigée depuis 2007 par un gouvernement de coalition entre les deux partis radicaux, le Sinn Fein, vitrine politique de l'IRA, et le DUP, Parti Unioniste Démocratique

Ian Paisley, fondateur et ancien président du DUP, et Gerry Adams, président du Sinn Féin

 

Cependant, malgré les accords politiques, les tensions sont toujours palpables entre les deux communautés au quotidien. En témoigne l'incident du drapeau de Belfast en début décembre 2012, qui a provoqué des émeutes jusqu'en janvier 2013 dans les quartiers unionistes de la capitale. Ceux-ci étaient mécontents suite à l'annonce de la mairie de Belfast (à majorité républicaine) de ne plus faire flotter l'Union Jack en permanence, mais certains jours de l'année seulement, pour la première fois depuis 1906.

De plus, chaque année, les Marches Orangistes dans les rues de Belfast dégénèrent en émeutes, comme ce fut le cas en juillet dernier.

 

Images des émeutes de juillet 2013: Lancer du poids et plongeon acrobatique, les jeunes Irlandais du Nord s'entraînent pour les JO de Rio en 2016!

 

 

Autre signe d'un climat d'insécurité et de repli sur soi de chaque camp: Belfast compte aujourd'hui 99 murs qui séparent les quartiers protestants des quartiers catholiques, certains étant même construits après les accords du Vendredi Saint!

 

Ce qui montre que le chemin est encore long avant d'aboutir à une paix entre les deux communautés. Niall O Donnghaile, conseiller municipal du Sinn Féin et ancien maire de Belfast, philosophe et déclare que « Cela ne fait que quinze ans qu'il y a eu un accord de paix après des dizaines, des centaines d'années de conflits entre protestants et catholiques, tout ne va pas se régler d'un claquement de doigts. Il y a eu des progrès, la société a changé, je suis certain que les conditions seront un jour réunies."

Espérons qu'il ait raison...

 

 

 

 

PS: En Irlande du Nord, de nombreux murals ornent les murs des grandes villes, il permettent de comprendre l'histoire du conflit et les tendances de la société nord-irlandaise en général. Voici un blog qui les recense: Murals Irlande du Nord

 



20/08/2013
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