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Les guerriers japonais: des Bushis aux Samouraïs

Le samouraï évoque souvent dans notre inconscient un invincible guerrier japonais, prêt à donner sa vie sur le champ de bataille. Pourtant il faut savoir que les guerriers japonais n'ont pas toujours répondu à cette définition et que la notion de samouraï s'applique à des hommes, qui vivaient du XVIIème au XIXème siècle, et qui n'avaient plus grand chose de féroces guerriers. En effet, si le terme samouraï est utilisé dès le Xème siècle, à cette période le nom donné aux guerriers japonais est celui de Bushi, qui est alors une sorte de propriétaire terrien-guerrier féroce. Pour comprendre cette évolution des guerriers japonais, il nous faut remonter dans le temps. Plongée dans le Japon féodal.

 

I-LES BUSHIS, GUERRIERS MÉDIÉVAUX:

 

La genèse des guerriers japonnais remonte à 792, avec la professionnalisation d'une armée japonaise, jusque là composée des "Mono no fu", c'est à dire de tous les hommes en âge de porter les armes. A cette date, l'empereur, personnage gouvernant le Japon médiéval et vénéré par les Japonais comme un être mi-dieu, mi-humain, met en place le système du Kondeïsei, désormais seuls des jeunes cavaliers, issus de l'aristocratie, sont appelés sous la bannière impériale, ces guerriers, au nombre initial de 3964, vont progressivement être dénommés bushis ("guerriers gentilshommes"), la classe guerrière japonaise à proprement parler est née.

 

 

Durant les siècles suivants, la noblesse impériale, appelée kuge, va se développer et prospérer à travers les arts. A l'opposé les bushis, passés petit à petit sous la dépendance directe de cette noblesse, se voient de plus en plus décrits comme des brutes mal-éduquées, tout juste bonnes à tuer. Le fossé entre les deux groupes va être accentué par le fait que les empereurs successifs accordent de plus en plus de droits et d'avantages à la noblesse et aux religieux, et laissent les bushis privés de toutes récompenses, provoquant un fort mécontentement chez les guerriers. Pour résumer l'organisation de l'époque, le kuge possède le pouvoir et les bushis le garde.

 

Au cours des siècles suivants, les choses vont lentement évoluer, les nobles se concentrant autour de la cour impériale, à Kyôto, les provinces vont être peu à peu dominées par de nouveaux chefs de clan, issus de l'administration impériale, appelés daimyôs. Ceux-ci à l'instar des barons de l'Europe féodale, vont créer de véritables armées privées, ou vont devenir eux-mêmes guerriers, contribuant à la multiplication du nombre de bushis. Plusieurs révoltes de ces bushis, mécontents de leur situation, ont lieu, dès le Xème siècle. Matées ces premières rébellions montrèrent au pouvoir la puissance militaire de cette classe. Si bien que plusieurs clans de bushis furent appelés par les familles impériales, afin d'assurer la sécurité de leurs membres, cette garde impériale était alors appelée “saburau” ("être au service de"), le terme samouraï en sera un dérivé.

 

Malgré cela, les troubles continuent. La guerre des Gempei, débutée en 1180, oppose les deux clans de bushis les plus puissants, les Minamoto et les Taira. Les premiers l'emportent finalement, et prennent le pouvoir en 1185, dès lors le Japon va passer, pour près de 7 siècles, sous la domination de la classe guerrière.

 

 

 

Car, en 1192, Yoritomo No Minamoto s'empare du pouvoir, profitant de sa puissance militaire il place l'empereur sous sa coupe. Il devient alors shogun, titre apparu au IVème siècle, mais qui va alors prendre une nouvelle ampleur, car dorénavant le shogun exerce les pouvoirs politique, militaire et administratif du Japon, tandis que l'Empereur conserve le pouvoir spirituel. Ce gouvernement militaire est appelé bakufu ou shogunat. Les Minamoto, qui choisiront la ville de Kamakura comme capitale, seront la 1ère des 3 dynasties de shoguns que comptera le Japon, ils seront remplacés, non sans heurts , en 1338 par les Ashikaga, basés à Kyoto, avant que les Tokugawa, basés à Edo n'exercent leur pouvoir, à partir de 1603.

 

Yoritomo No Minamoto

Ce changement va bouleverser l'organisation du Japon féodal. Désormais les bushis ne sont plus attachés au pouvoir impérial, mais aux daimyôs, ils n'ont plus le droit de travailler, ni de gagner de l'argent, c'est désormais le seigneur, auquel ils ont fait allégeance qui subvient à leurs besoins. De plus, une 2ème noblesse apparaît au côté de la noblesse de robe: la noblesse guerrière, appelée buke, qui va dominer le Japon pendant plusieurs siècles. Pendant ce temps, les samouraïs, au sens de serviteurs impériaux, et non de guerriers, s'émancipent pour la plupart et deviennent, eux aussi, des seigneurs locaux.

 

En 1333, les Ashikaga arrivent à la tête du shogunat, à cette période la maison impériale est grandement affaiblie, car empêtrée dans des querelles de succession. Le shogun en profite pour s'accaparer petit à petit la richesse du kuge. Mais des guerres de succession vont également apparaître au sein de la dynastie Ashikaga, si bien que le shogunat lui-même, va s'affaiblir au XVème siècle, les daimyôs en profitant pour prendre une quasi indépendance vis à vis du pouvoir central. Ils enrôlent de force des paysans dans leurs troupes, appelés ashigaru, les bushis deviennent désormais plus des officiers que de simples guerriers, les batailles changent totalement de physionomie, auparavant elles opposaient des centaines de bushis professionnels, dorénavant elles voient s'affronter des dizaines de milliers de soldats inexpérimentés. Cette période est l'apogée guerrière du Japon, les alliances se font et se défont pendant plus de 150 ans.

 

 

A cette époque les bushis sont bien loin de l'image mythique de dévouement absolu qui entoure aujourd'hui les guerriers japonais. En effet, ils combattent avant tout pour défendre leur domaine, et, accessoirement, pour leur seigneur. C'est pourquoi celui-ci achète la fidélité de ses guerriers, en leur cédant des parcelles de territoires conquis.

Lors des batailles si trahir son daimyô permet à un bushi de conserver son domaine, la plupart du temps ce dernier n'hésitera pas à le faire. Ces changements incessants d'alliance expliquent la complexité des guerres de l'époque.

 

En 1573, après des décennies de lutte, le pays est unifié sous les bannières de trois généraux: Nabunaka Oda, Hideyoshi Toyotomi et Ieyasu Tokugawa. Dans la foulée, en 1588, Toyotomi modifie l'organisation des bushis, désormais ceux-ci seront liés à vie à un seul daimyô, qui ne leur léguera plus de terres mais les paiera, ils se voient également confisquer leurs terres. Le statut de guerrier devient, quant à lui, héréditaire, limitant ainsi l'arrivée de nouveaux membres. Ces changements illustrent la volonté de pacifier le Japon, en supprimant les récompenses basées sur les dons de terres, qui poussaient les bushis à se battre continuellement pour accroître leurs domaines.

 

Malgré ces changements, des tensions subsistent entre les Toyotomi et les Tokugawa. Le 20 octobre 1600 a lieu l'immense bataille de Sekigahara, opposant près de 200 000 combattants. Ieyasu Tokugawa y remporte une victoire décisive. Cette bataille constitue l'apogée des bushis, car jamais un combat n'avait vu autant d'entre eux combattre, paradoxalement elle constituera aussi l'un des derniers champs de bataille de ces guerriers car la prise du château d'Osaka, en 1615, mettra un point final à la guerre civile. Les Tokugawa, qui ont pris la tête du shogunat en 1603, régneront durant toute l'ère Edo, jusqu'en 1868, période marquée par la paix et le développement des samouraïs.

 

 

 

 II-DÉVELOPPEMENT ET VIE DES SAMOURAÏS:

 

La priorité de Ieyasu Tokugawa va d'abord être de maintenir la paix d'une main de fer. Le nouveau bakufu va ainsi prévenir les révoltes provinciales en obligeant les daimyôs à passer au minimum 6 mois par an, sous son contrôle, à Edo, le reste du temps certains membres de leurs familles sont gardés en "otages" dans la cité shogunale. Le statut de guerrier est également progressivement remplacé, faute de guerres, par un statut de super-fonctionnaire, installé dans les villes et exerçant des tâches d'encadrement et d'administration, moyennant compensation financière. C'est à cette période que le terme de samouraïs remplace petit à petit celui de bushis, les premiers effectuant beaucoup moins de combats que leurs prédécesseurs.

 Ieyasu Tokugawa

 

C'est à cette époque également que va être rédigé le bushido ("voie des guerriers"), mentionné pour la première fois en 1616, texte reprenant les codes moraux que devra respecter tout samouraï qui se respecte. Le bushido a plusieurs fonctions, notamment celle, pour les samouraïs nostalgiques de leurs traditions guerrières, de codifier un style de vie exemplaire, dernier héritage qu'ils peuvent défendre, puisque la "pax Tokugawa" les empêchent de prouver leur valeur sur les champs de bataille, comme le faisaient les bushis. Ce code moral est vu d'un bon œil par le shogun, qui voit là un moyen de freiner la violence des guerriers. Le bushido est fortement inspiré par le confucianisme, il reprend les qualités physiques et morales qui doivent être l'apanage des samouraïs: la droiture, le courage, la bienveillance, la politesse, la sincérité, l'honneur et la loyauté. La fanfaronnade est aussi peu tolérée que la lâcheté, tandis que la frugalité et le dépouillement deviennent des vertus essentielles. Mais la principale valeur qui ressort du bushido reste le dédain de la mort, le sens du sacrifice, valeur qui va grandement forger le mysticisme et la légende de la classe des samouraïs.

 

Le bushido peut se résumer en une expression: "un esprit sain, dans un corps sain". Ainsi les samouraïs poursuivent l'entrainement physique et l'étude de stratégies militaires des bushis, mais dorénavant ils s'intéressent également à l'art et la culture, avec notamment l'étude des classiques chinois et bouddhistes. Au cours de la période Edo la vie des samouraïs va également être de plus en plus théâtraliser autour de principes confucéens, shintoïstes ou bouddhistes, en atteste la cérémonie du thé qui se développe, où le samouraï suit un cérémonial codifié de près de 4 heures, ainsi que le développement de la culture zen.

 

 

Malgré ce développement intellectuel et spirituel, la formation des futurs samouraïs reste très dure, ainsi le jeune enfant est rapidement sevré de tendresse et de confort, afin de s'habituer à développer une certaine forme d'impassibilité et de frugalité. Pour forger son caractère il doit également assister à des exécutions, sans manifester aucune émotion, l'entraînement va jusqu'à le faire porter la tête du mort et, ensuite, manger du riz avec du jus de prune salé (couleur sang), pour réprimer tout sentiment d'horreur secret.

On lui enseigne également l'idéal des combats, les samouraïs ne pouvaient percevoir ce combat comme une lutte défensive, la tactique devant perpétuellement privilégier la fougue, la précision, la rapidité et l'attaque.

 

Malgré la poursuite de ces entrainements militaires, l'ancienne figure du bushi, homme de guerre en armure, combattant dans de grandes batailles pour agrandir la puissance de son clan est peu à peu remplacée par celle du samouraï, fonctionnaire armé, mais vêtu la plupart du temps d'un simple kimono, dont le devoir est désormais de servir son maître dans la gestion de ses domaines et intérêts. Le dévouement à son seigneur allait parfois jusqu'au suicide, car les samouraïs, et leurs ancêtres les bushis, avaient le privilège d'être la seule classe sociale autorisée à pratiquer le seppuku, rituel de suicide institutionnalisé. Le seppuku permet de conserver son honneur dans diverses situations: par fidélité (lors de la mort ou sur ordre de son seigneur notamment), pour ne pas se rendre, pour expier un sentiment de honte ou pour marquer son désaccord avec des ordres reçus (le samouraï n'avait pas le droit de contester un ordre de son daimyô, le seul moyen de ne pas y obéir était le suicide). Le seppuku est une pratique plus noble et plus formelle que le simple Hara Kiri (éventration pure et simple), car il est précédé d'un cérémonial durant lequel le samouraï se prépare à la mort, ensuite le guerrier théâtralise son suicide, en pratiquant, au couteau, une entaille du ventre de gauche à droite, le coup fatal ayant lieu par une nouvelle entaille, verticale, cela suffisait rarement, et le samouraï devait souvent se faire décapiter. La glorification des sacrifices dans le bushido va poser problème aux autorités, car de nombreux valeureux soldats se faisaient seppuku à la mort de leurs seigneurs, entrainant des difficultés pour réorganiser le pouvoir, c'est pourquoi, en 1663, le suicide pour fidélité fut interdit, sous peine de mort des héritiers.

 

 

 

Les samouraïs avaient également deux autres privilèges dus à leur rang. Ils étaient les seuls à pouvoir arborer le chon-mage, coiffure caractéristique, marquée par la tonsure d'une partie du crâne, et à porter le daishô, un ensemble de deux sabres, un petit, d'une longueur de 30 à 60 cm, appelé le wakizashi, et un grand, le katana, d'une taille supérieure à 60cm et qui s'utilisait à 2 mains. Le wakizashi était considéré comme l'âme de l'honneur du samouraï et servait à couper la tête des ennemis, pour en faire des trophées, sa remise avait lieu lors de la cérémonie du genpeku, qui se déroulait lorsque le jeune apprenti samouraï atteignait l'âge de 13 ans, il recevait alors un nom et son wakizashi, présents qui le faisait passer de fait au statut de samouraï.

 

 

Daishô en haut et samouraï arborant le chon-mage en bas

 

Au-delà de ces sabres caractéristiques, les bushis et les samouraïs utilisaient un nombre impressionnant d'armes au cours des combats, plus d'une quarantaine au total, ils se devaient donc de maitriser les différentes armes qu'ils pouvaient utiliser, et de savoir choisir la plus performante selon les situations. Parmi leur arsenal, on peut citer la hache, le nodachi (un sabre similaire au katana, mais réservé aux guerriers les plus robustes car mesurant plus de 1,5m!),des lances, des maillets, des tantos (petits poignards, privilégiés pour le seppuku et les assassinats),des hallebardes, des arcs ( appelés yumi et qui leur permettait d'envoyer divers projectiles, comme des flèches enflammées, avec une portée de près de 100 m), et même des éventails (appelés tessen, munis de bords tranchants et d'armature en métal).

En ce qui concerne l'équipement, les samouraïs portaient généralement un kabuto, casque typique du XVIème siècle, orné d'ailettes et d'aspect menaçant pour intimider l'ennemi. Ils possédaient également une armure, composée de petites plaques de fer laquées, reliées entre elles par des cordons de soie. Cette armure était beaucoup plus souple que son homologue européenne, ce qui permettait aux samouraïs d'être plus mobiles, mais aussi plus vulnérables.

 

 

Au fil du temps de nouvelles armes vont faire leur apparition: les armes à feu, fusils ou mousquets, importées par les occidentaux. Les premiers contacts avec les européens eurent lieu en 1543, avec l'arrivée des Portugais, les armes à feu vont dès lors pénétrer le territoire japonais, le shogun décidant de s'octroyer le monopole de leur production, et d'en réserver l'usage exclusif à ses troupes. Les fusils vont rapidement supplanter les armes d'archerie, armes de prédilection jusque là, si bien qu'on estime que lors de la bataille de Sekigahara, 80% des blessures par projectiles étaient dues à des balles.

 

 

 

III-CHUTE ET FIN DES SAMOURAÏS:

 

La pacification du pays, sous le bakufu des Tokugawa va entraîner une baisse sensible des combats. La classe des samouraïs devient moins utile qu'à l'époque des guerres civiles. Or, au milieu du XIXème siècle, les samouraïs représentent 6% de la population japonaise, soit un effectif d'environ 1,8 millions. Le bakufu manque alors de travail pour ses samouraïs, les postes civils et militaires ne suffisant pas, il tente de résoudre le problème en instituant le travail à mi-temps, puis en créant un bureau chargé de l'emploi des samouraïs, mais cela ne suffit pas: les samouraïs s'appauvrissent, et sont parfois obligés de mettre leur daishô en gage, se contentant dès lors de sabres en bois.

Cet appauvrissement entraine un autre problème, la recrudescence du nombre de rônins ("homme errant" ou "homme-vague"), des samouraïs-parias, sans classe fixe car sans seigneur, soit parce que celui-ci est mort, soit parce que ces samouraïs ont décidé de s'émanciper. La multiplication des rônins durant la période Edo est due, notamment, à l'interdiction de changer de seigneur, de se marier hors clan ou même d'avoir des activités hors du clan sans autorisation du seigneur. Ces rônins vont parfois basculer dans l'illégalité, créant un sentiment d'insécurité dans le pays.

Cette violence des guerriers existait déjà du temps des bushis, à l'époque si un marchand doutait des pièces que lui donnait un guerrier, ce dernier avait le droit de l'abattre sur le champ, tout comme il pouvait légalement exécuter un roturier, sous le seul prétexte de s'exercer à la décapitation. Mais cette recrudescence de violence en temps de paix n'était pas aussi bien tolérée sous l'ère Edo.

 Représentation des 47 rônins, rentrés dans la légende pour avoir, en 1703, vengé la
mort de leur seigneur, qui s'était fait seppuku après avoir été insulté par un rival.

 

Toutes ces tensions vont être exacerbées par la politique extérieure du Japon. En 1643, est mise en place une politique d'isolement, qui commença par l'expulsion des missionnaires chrétiens, puis par la limitation des ports ouverts aux étrangers, l'interdiction d'entrer ou sortir du territoire pour tout Japonais sous peine de mort, l'expulsion de tous les étrangers et la destruction des navires capables de naviguer en haute mer. En 1853, les 4 "vaisseaux noirs" du commodore américain Matthew Perry brisent l'isolationnisme japonais, et poussent à une réforme rapide et profonde de l'armée. Ce retour des occidentaux va entraîner une réaction de rejet de la majorité de la population, craignant la perversion de ses valeurs ancestrales, l'empereur du Japon, tombé quelque peu en désuétude depuis plusieurs siècles, mais toujours gardien de la spiritualité et des traditions japonaises, va alors voir sa côte de popularité remonter en flèche. Un parti pro-impérial va rapidement se former autour de certains clans de samouraïs, et s'opposer aux pro-shoguns.

En 1867, face aux tensions entre les deux camps, le shogun Tokugawa donne sa démission au jeune empereur Meiji, alors âgé de 15 ans, ce dernier refuse de nommer un successeur, afin d'accélérer l'ouverture du pays, ce choix marque la fin du bakufu et du poste de shogun. L'empereur quitte Kyoto pour Edo (qu'il renomme Tokyo), et s'installe dans les locaux mêmes du shogun, pour marquer le retour de la puissance impériale.

En 1868, la restauration Meiji va plus loin en décidant la dissolution de la caste des samouraïs, tandis qu'en 1873, le service militaire, supprimé depuis plus de 1000 ans, est rétabli, et qu'en 1876 le droit pour les anciens samouraïs de porter le sabre est supprimé, et réservé aux seuls officiers de l'armée.

 

Ces réformes ne vont pas aller sans heurts, puisqu'elles déclencheront une guerre opposant les samouraïs pro-impériaux , se battant pour la modernisation du pays, mais aussi pour leur propre disparition, contradiction qui illustre bien combien l'obéissance à l'autorité passait avant leurs intérêts personnels, et les samouraïs pro-shogun, luttant pour maintenir l'organisation traditionnelle du Japon, et accessoirement, pour leur survie en tant que caste. Cette guerre aura lieu en 1868-1869, et sera nommée Boshin-sensô ("guerre de l'année du dragon"), les pro-Tokugawa sont deux fois plus nombreux, pourtant les troupes impériales, qui se sont largement modernisées en quelques années, vont leur infliger une défaite sanglante, défaite qui sonnera le glas des samouraïs, et ce malgré d'autres révoltes, comme celle de Satsuma en 1877, qui fit plus de 30 000 morts. L'empereur Meiji peut alors poursuivre la rénovation du Japon, afin d'éviter le sort de la Chine (pratiquement colonisée par les occidentaux), en modernisant sa société et en adoptant les techniques occidentales, pour pouvoir lutter d'égal à égal avec eux.

 

Ces réformes obligent, bon gré, mal gré, les samouraïs à s'intégrer à la société civile d'un pays en pleine mutation: adoption du calendrier grégorien, nouvelle constitution en 1889, création du yen et mise en place de conglomérats industriels. Les anciens samouraïs vont alors, pour beaucoup, rentrer dans l'armée japonaise et les hautes sphères de l'Administration, contribuant au rattrapage rapide du Japon sur les sociétés occidentales.

 

Malgré leur disparition les guerriers japonais traditionnels, et les samouraïs en particulier, vont continuer à avoir une grande influence sur le Japon moderne, notamment dans les valeurs morales défendues par la population. C'est ainsi que leur loyauté envers l'autorité se retrouve, par exemple, à la fin de la seconde guerre mondiale, chez ce lieutenant japonais qui continua de lutter pendant 29 ans, dans la jungle philippine, car il n'avait reçu aucun ordre de reddition à la fin du conflit. Ce n'est qu'en 1974, date à laquelle son supérieur hiérarchique sous la seconde guerre mondiale fit le déplacement sur place, pour lui ordonner de stopper les hostilités, qu'il cessa sa guérilla.

 



24/01/2013
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