Mondoculture, le blog des découvertes

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Les 100 ans de l'arrestation de la bande à Bonnot

Il y a 100 ans, en 1912, la police mettait fin à la cavale des membres d’un groupe d’anarchistes, surnommé « la bande à Bonnot ». Retour sur les 6 mois d’une aventure devenue légende, autant pour ses crimes sanglants que pour l’habileté de la bande à ridiculiser les forces de l’ordre. Une aventure qui a marqué au fer rouge la France, et pas seulement parce qu’on y retrouve Sherlock Holmes et l’inventeur du concours Lépine !

 

L’épopée de « la bande à Bonnot » s’est déroulée au début du XXème siècle, la France connaît alors de gros progrès dans divers domaines. Elle s’enrichit, voit la IIIème république se consolider, sa culture est mise en avant par les expositions universelles de Paris de 1889 et 1900, tandis que de nombreuses technologies font leur apparition : radio, métro, automobile, cinéma, électricité,…

Mais derrière ce tableau idyllique, certaines personnes ne trouvent pas leur place dans cette nouvelle société qui est en train de naître. C’est ainsi que les mouvements anarchistes se développent, notamment le courant illégaliste, proche du banditisme. Ce courant estime que les actes illicites sont un moyen devant permettre de faire la révolution et de bouleverser l’ordre établi pour améliorer la condition humaine.

 

L’un des principaux défenseurs de l’illégalisme est Jules Bonnot. Né en Franche-Comté, le 14 octobre 1876, il va commencer à travailler dès l’âge de 14 ans, il se signale rapidement par son caractère rebelle et la continuelle lutte qu’il mène à ses divers patrons. Il se fait également remarquer par les services de l’ordre, il est ainsi fiché comme « très violent et méchant » par la police.

 

Bonnot à 20 ans

 

En 1906, il passe à l’étape supérieure dans l’illégalité en s’associant à Platano, qui va l’aider dans ses premiers forfaits. Avec son bras droit Bonnot va commettre plusieurs actes illicites : production de fausse monnaie, recels et ouverture de coffres-forts. Les premiers butins permettent à Bonnot d’ouvrir deux garages sur Lyon, les voitures et motos qu’il y répare la journée lui servent le soir pour ses forfaits.

 

Dans les mois qui suivent Bonnot part quelques temps à Londres, où plusieurs éléments laissent à penser qu’il a été un temps le chauffeur personnel de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur du célèbre Sherlock Holmes. En effet la légende veut que dans les années 1920 Sir Conan Doyle, visitant le musée du crime de Lyon, soit tombé nez à nez avec un portrait de Bonnot et se soit exclamé : « Mais c’est Jules, mon ancien chauffeur ! », bien que cette anecdote n’ait jamais pu être prouvée, même par Sherlock Holmes lui-même !

 

Après ce séjour en Angleterre, Bonnot va revenir, fin 1910, à Lyon, pour poursuivre ses « petites affaires » avec Platano. Mais au bout de quelques mois, la police va se mettre à rechercher de plus en plus activement le duo de malfrats, qui se voit contraint de quitter la ville. Le 28 novembre 1911 les deux comparses vont fuir précipitamment Lyon, durant cette fuite Bonnot va tuer Platano dans des circonstances troublantes : le criminel affirme avoir achevé les souffrances de son complice, après que celui-ci se soit lui-même accidentellement blessé avec sa propre arme ; toutefois la thèse du meurtre n’a jamais pu totalement être écartée.

 

Toujours est-il que Bonnot  arrive seul à Paris en cette fin 1911. Il va rapidement se mettre à fréquenter les membres du journal « L’anarchiste ». La détermination et le passé illégaliste de Bonnot vont pousser plusieurs de ces hommes à le rejoindre dans l’action, pour former ce qui sera plus tard appelé « la bande à Bonnot ». Ce terme, inventé par les journalistes de l’époque, est quelque peu usurpé car les anarchistes répugnent à l’idée même d’avoir un chef, mais le passé criminel et l’âge plus important de Bonnot vont lui donner virtuellement le leadership du groupe.

 

 

Le premier forfait de la bande, et pas le moindre, aura lieu à Paris, dès le mois de Décembre 1911, le 21 plus précisément, jour où Bonnot, accompagné de Raymond « la science » Callemin et d’Octave Garnier vont perpétrer l’attentat de la rue Ordener, acte fondateur de « la bande à Bonnot ». Les trois hommes vont aller à la rencontre d’Ernest Caby, un encaisseur de la société générale et lui tirer dessus sans sommation, le laissant pour mort, s’emparant de sa sacoche puis fuyant à toute vitesse grâce à une limousine volée quelques jours plus tôt. Le 1er braquage motorisé de l’Histoire vient d’avoir lieu sous les yeux médusés des passants ! Au-delà du faible gain de cet attentat, autour de 5000 francs (soit environ 17000 euros actuels) et quelques titres de valeur, l’agression va avoir un écho important car elle entraîne un déferlement médiatique important pour l’époque, les journaux s’emparant rapidement de l’affaire.

                   

 La Delaunay Belleville de 12 cv, modèle 1910

utilisée lors de l'attentat de la rue Ordener

 

Ce braquage médiatique sera rapidement suivi d’une flopée d’autres vols, perpétrés entre la France et la Belgique. « La bande à Bonnot » va dévaliser deux armureries parisiennes, tandis qu’à Gand ils volent une voiture.

Mais certains de leurs méfaits tournent mal, ainsi le 03 janvier 1912, lors d’un cambriolage à Thiais, un membre de la bande, Marius Metge, est surpris par les occupants de la maison, résultat de ce casse : quelques titres de valeur dérobés et deux morts, le propriétaire des lieux, un rentier de 91 ans, et sa servante de 72 ans, tous deux assassinés sauvagement à coups de marteau! « La bande à Bonnot » a franchi un palier dans l’horreur, l’opinion est terrorisée et la presse se montre de plus en plus virulente face à une police qui sait que ces forfaits viennent du milieu anarchiste mais est incapable de stopper cette flambée de violence.

Les forces de l’ordre réagissent finalement en arrêtant Metge, 4 jours plus tard, mais cela n’arrête pas les autres membres de la bande.

Le 25 janvier 1912 un nouveau vol, de voiture cette fois, se termine mal. Bonnot, Garnier et Callemin sont surpris par le chauffeur du véhicule, ils le maîtrisent rapidement en l’assommant, mais un veilleur de nuit, alerté par le bruit, est abattu par les bandits.

 

Le 27 février 1912, à Paris, plus précisément dans la rue du Havre, un policier en faction arrête une luxueuse Delaunay-Belleville qui roule à vive allure dans les faubourgs parisiens. Le policier ne se doute alors pas que les trois occupants du véhicule ne sont autres que Garnier, Callemin et Bonnot. Les anarchistes abattent l’agent des forces de l’ordre. Cet homicide va une nouvelle fois montrer l’impuissance de la police face à « la bande à Bonnot », au moment du meurtre, une voiture des forces de l’ordre se trouve dans le secteur, elle va rapidement prendre en chasse les criminels, mais sa conduite est moins performante que celle de Bonnot, si bien qu’elle heurte une passante et doit s’arrêter pour porter secours à la femme grièvement blessée. Le seul policier continuant la poursuite est alors….à vélo ! Inutile de préciser qu’il ne rattrapera jamais la voiture des anarchistes…

 

Tandis que certains membres de la bande sont arrêtés par des coups de filet dans le milieu anarchiste, les leaders du groupe continuent à narguer la justice, ainsi le 19 mars 1912, Octave Garnier envoie aux journaux, au chef de la sûreté nationale et au juge d’instruction une lettre, celle-ci se termine par les mots suivants : « Je sais que cela aura une fin, dans la lutte qui s’est engagée entre le formidable arsenal dont dispose la Société et moi. Je sais que je serai vaincu, je suis le plus faible. Mais j’espère bien faire payer cher votre victoire ».

 

En attendant cette fin qu’il sait inéluctable, le 25 mars 1912, Garnier participe, avec Bonnot, Callemin, Soudy, Monier et Valet, à une opération de grande envergure. Peu avant 8h la troupe se place en embuscade dans la forêt de Sénart, à Montgeron (là même où Bonnot avait tué Platano quelques mois plus tôt), afin d’intercepter une Dion Bouton. Le braquage va mal tourner, le conducteur est grièvement blessé et le propriétaire du véhicule tué.

 

Grâce à la limousine dérobée, les criminels seront à 10h30 à l’agence de la société générale de Chantilly, alors que le manque de moyens d’équipements téléphoniques de la police fait que celle-ci  vient tout juste d’apprendre l’attaque sanglante de Montgeron. Sans sommation les hors-la-loi font irruption dans la banque et font feu sur les employés, deux d’entre eux décèdent tandis qu’un troisième est gravement touché. Les criminels dérobent un total de 47 000 francs (un peu plus de 150 000 euros actuels). Dans leur fuite, les six malfrats sont de nouveau poursuivis par des gendarmes impuissants avec leurs vélos et leurs chevaux face à la Dion Bouton pilotée par Bonnot.

 

Après ce nouveau coup d’éclat « la bande à Bonnot » fait de nouveau la une des journaux, qui publient les photos des bandits, dans le même temps la société générale offre une prime de 100 000 francs (plus de 300 000 euros) à quiconque permettra la capture des braqueurs. Des crédits supplémentaires dotant la police de nouveaux moyens, notamment des véhicules, sont votés et 200 inspecteurs sont mis sur l’enquête, l’arrestation de « la bande à Bonnot » devient une affaire d’Etat.

 

Les captures de membres de la bande vont dès lors se multiplier. Le 07 avril 1912 les forces de l’ordre frappent fort en arrêtant  Raymond « la science » Callemin, l’un des membres les plus importants de la bande, le petit homme (1,52m) n’en garde pas moins un certain aplomb, lançant aux policiers l’interrogeant au commissariat un cinglant : « Ma tête est mise à prix cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi : le prix d’une balle de browning. »


Arrestation de "Raymond la science"

 

Le 24 avril Monier est également arrêté, Louis Jouin, sous-chef de sûreté nationale, trouve dans ses papiers l’adresse d’un anarchiste, basé à Ivry-sur-Seine. Jouin s’y rend donc directement, il décide à tout hasard de perquisitionner la maison ; quelle n’est pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec Jules Bonnot, l’ennemi public N°1, caché dans la pénombre d’une chambre de l’étage! L’anarchiste parvient à fuir, non sans avoir abattu le sous-chef de la sûreté nationale !


Le 27 avril 1912 Bonnot est finalement repéré chez Jean Dubois, un anarchiste vivant à Choisy le Roi. Echaudés par le meurtre de Jouin, les forces de l’ordre décident d’être en nombre avant de procéder à une quelconque arrestation, si bien qu’à 8 heures ce sont des dizaines de policiers qui vont s’installer autour de la maison. Dubois est rapidement abattu, désormais Bonnot est seul face aux forces de l’ordre, un siège épique de la bâtisse, d’une durée de 4 heures, va alors débuter. Bonnot qui a déjà blessé deux agents par la fenêtre de la demeure, tient en respect la police, le préfet de police de Paris, Louis Lépine, inventeur du concours éponyme, se rend sur place, avec de nombreux renforts. La nouvelle du siège de Choisy le Roi va attirer des milliers de personnes, près de 40 000 curieux au total !

A 09h30, la garde républicaine se met à arroser de balles la demeure où se terre Bonnot, sans résultat. Le bandit semble ignorer le feu nourri qui s’abat sur son refuge. On apprendra plus tard que, se sachant condamné, il s’était mis en tête d’écrire à la va-vite une sorte de testament, protégé entre deux matelas. A 11h, il est décidé de dynamiter la bâtisse. Il faudra trois essais pour réussir à faire s’écrouler le garage. L’assaut peut dès lors enfin être donné par les policiers. Bonnot a juste le temps de finir son testament en écrivant « Je meurs ! ». Les policiers déboulent à l’étage où il s’est réfugié et le trouvent ensanglanté entre ses deux matelas, ils lui tirent dessus, une balle arrête le mécanisme de la montre de l’anarchiste à l’heure précise de l’assaut final : 11h58.

Il est encore vivant lorsque les policiers le sortent de la maison, sur le trajet des dizaines de badauds le frappent au visage et l’insultent. Finalement Bonnot décède à 13h45. Dès le lendemain la presse célèbre la mort du leader de « la bande à Bonnot ».

 

 

Celle-ci est quasiment réduite à néant, des principaux protagonistes, seul reste alors en liberté Octave Garnier. Celui-ci, en compagnie de Valet, va être localisé à Nogent sur Marne, grâce à un informateur. Le 14 mai 1912, un nouveau siège s’organise devant leur planque, celui-ci sera encore plus spectaculaire, ou grotesque c’est selon, que celui de Choisy le Roi. A Nogent sur Marne, la foule va également s’amasser pour assister au « spectacle », des chauffeurs de taxi allant même jusqu’à racoler les clients pour les amener sur les lieux, si bien qu’on estime qu’il y aura plus de 100 000 badauds !

Le public n’est pas le seul à se déplacer en nombre, au total ce sont plus de 500 agents qui se préparent à lutter contre les deux bandits barricadés. Malgré ces moyens phénoménaux le siège durera plus de 9h et sera considéré comme « le siège du siècle », de 17 heures à 02 heures du matin, heure à laquelle les deux anarchistes décèdent sous les balles, après avoir tués deux inspecteurs et blessés de nombreux autres. La sortie de leurs dépouilles est aussi houleuse que celle de Bonnot quelques jours auparavant, plusieurs personnes rompent le cordon de sécurité pour lyncher les corps.

 

 

Cette fois l’ensemble de « la bande à Bonnot » est hors d’état de nuire, certains sont morts, les autres sont derrière les barreaux. Les survivants sont jugés à partir du 03 février 1913. Dans le box des accusés, 22 personnes ayant participé, de façon plus ou moins active, à l’aventure de ces illégalistes. Les sanctions les plus importantes seront prononcées contre Raymond « la science », Soudy et Monier, qui sont condamnés à mort.

Le 21 avril 1913, les trois condamnés sont exécutés, ce seront les derniers morts de l’aventure de « la bande à Bonnot ». Cette bande d’anarchistes illégalistes et modernes, car utilisant au maximum les potentialités d’une industrie automobile en expansion. Malgré cette modernité, ils laisseront à jamais un sentiment nostalgique, car ils renvoient aux exploits des bandits des grands chemins.

 

 

 

 

 

 

 

 



19/11/2012
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