Mondoculture, le blog des découvertes

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Et si l'Espagne n'était pas championne du monde de football?

Le 11 juillet 2010, à Johannesburg, l’Espagne est sacrée championne du monde de football, grâce à une inspiration de Iniesta, qui arrache la victoire au bout d’une prolongation tendue, face aux Pays-Bas. Nos voisins ibériques deviennent alors les 8èmes à inscrire leur nom au palmarès de la plus prestigieuse des compétitions de football, après l'Uruguay, l'Italie, le Brésil, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Argentine et la France.

Pourtant certaines personnes contestent cet état de fait, pour eux environ une cinquantaine de pays ont déjà été champions du monde, l’Espagne l’aurait déjà été dès 1934 ou 1961, c’est selon, et l’actuel champion en titre serait l’Argentine ! Explications de ces étonnantes théories.

 


Alors l’Argentine championne du monde en titre en 2013 ? Quelle drôle de nouvelle ! Ce titre n'apparaît pourtant pas (encore) au palmarès, bien garni, du quadruple ballon d'or Lionel Messi, puisque l'albiceleste n'a plus remporté de coupe du monde depuis 1986. Et pourtant l'Argentine est bien actuellement championne du monde, mais championne du monde non officielle.

Pour mieux comprendre cette histoire, il faut remonter au 15 avril 1967. Ce jour là, l’Écosse réalise l’exploit de battre 3 buts à 2 les champions du monde anglais, invaincus depuis près de deux ans. Fiers d’avoir renversé leur voisin, les supporters écossais s’enflamment, ils affirment à la radio qu’ils sont les nouveaux champions du monde puisqu’ils sont les premiers à avoir vaincus les ennemis anglais depuis leur sacre mondial, en 1966. Logique implacable.

 Cette idée va faire des émules et certains fanatiques vont alors pousser plus loin le raisonnement. Ils remontent dans les archives du football, plus précisément jusqu'au 1er match à opposer 2 pays. Ce match a lieu le 30 novembre 1872, et oppose déjà l’Ecosse à l’Angleterre, la rencontre se solde alors par un nul 0 à 0. C’est donc la revanche, le 08 mars 1873, qui voit la 1ère victoire internationale, en remportant le match sur le score de 4 buts à 2, l’Angleterre devient logiquement, pour ces fanatiques, la 1ere championne du monde de football de l’Histoire. Mais champion du monde non officiel, car la FIFA a toujours refusé de reconnaître cette compétition parallèle. Qu’à cela ne tienne, le championnat du monde non officiel continue d’exister au travers du travail de passionnés du ballon rond. Si la compétition officieuse était plus ou moins tombée aux oubliettes avec le temps, le journaliste Paul Brown va remettre un coup de projecteur sur cette compétition parallèle: en 2003 il créé « ufwc.co.uk », le site officiel de la compétition, et écrit noir sur blanc ses règles dans les colonnes du magazine « Four Four Two ».

Ces règles de la coupe du monde non officielle sont très simples. Elles fonctionnent sur le modèle d’un titre de champion de boxe : à chaque match (officiel ou amical), le champion remet son titre en jeu, une victoire et il conserve son titre, une défaite et le challenger devient champion du monde, le vainqueur peut être désigné à la fin du temps réglementaire, après prolongations, après tirs au but, ou même après tirage au sort.

Forcément ce titre est plus facilement accessible que celui de champion du monde officiel. Le trophée a certes mis près de 60 ans à quitter les îles britanniques (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord ou Irlande), mais une fois que la splendide « wunderteam » autrichienne du mythique Matthias Sindelar parvint à arracher le titre (suite à une démonstration, 5 à 0, le 16 mai 1931, face aux Ecossais), celui-ci ne cessa de passer de main en main. Ainsi, au total ce sont 48 pays qui ont été sacrés champions du monde officieux. Parmi ces pays on retrouve, bien sûr, les 8 vainqueurs de la coupe du monde FIFA et les principales autres grosses nations footballistiques (Pays-Bas, Portugal, Tchécoslovaquie, URSS,…), mais aussi des pays plus surprenants, comme l’Angola, le Zimbabwe, le Costa Rica, Israël, le Venezuela ou même les Antilles néerlandaises, championne du monde en 1963, à la faveur d’une victoire 2 à 1 face au Mexique, en Gold cup. Outre des champions exotiques, la coupe du monde non officielle a permis de voir des affiches qu’il serait impensable de voir en coupe du monde FIFA, citons ici les magnifiques Corée du Nord-Palestine (2012), Zimbabwe-Rwanda (2005), Grèce-Albanie (1990), Hongrie-Pérou (1982), Costa Rica-Honduras (1963) ou Chili-Panama (1952).


Les très sérieuses mascotte (répondant au nom de Hughie)
et coupe du monde non officielles

 

Si la France a été sacrée 6 fois championne du monde (1969, 2 fois en 1977, 1984, 1998 et 2000), et a gardé le titre durant 25 matchs, c’est l’Écosse, bien aidée par les premières décennies du trophée, qui domine ce classement avec 86 victoires et 13 003 jours cumulés de possession de la « ceinture », elle est suivie de l’Angleterre et l’Argentine (73 et 52 victoires chacun). L’Écosse est également l'équipe restée le plus longtemps invincible (près de 8 ans entre 1880 et 1888), tandis que, plus récemment, les Pays-Bas ont établi un nouveau record de matchs d’invincibilité, 22 de fin 2008 à leur défaite en finale de coupe du monde, l’officielle, en 2010. A l'occasion de cette défaite des "oranjes" le champion du monde officiel devenait, pour une fois, le même que le champion du monde non-officiel. Mais l’Espagne n’a même pas conservé 3 mois sa couronne officieuse, l’Argentine l’écrasant 4 buts à 1 en septembre 2010. Depuis la couronne est passée entre les mains du Japon, de la Corée du Nord et de la Suède. Avant que les Argentins ne la récupèrent en février 2013 à la faveur d’une victoire 3 à 2 contre les Scandinaves. L’Argentine de Messi est donc actuellement la détentrice du titre de championne du monde non officielle de football.

 

Mais la compétition parallèle est également concurrencée par une autre compétition non officielle : le bâton de Nasazzi. La création de ce dernier est antérieure à la coupe du monde non officielle, mais contradictoirement son palmarès remonte moins loin dans l'Histoire du football, puisque son 1er détenteur est l’Uruguay, en 1930. En fait ce sont les Uruguayens eux-mêmes qui ont créé ce trophée. Lors de la 1ère coupe du monde officielle, disputée en 1930 donc, le petit pays sud-américain a confirmé son hégémonie sur le football mondial (vainqueurs des JO 1924 et 1928) en devenant le 1er champion du monde FIFA de l’Histoire, à domicile (pour info l'Angleterre, championne du monde non officielle à l'époque, ne s’était pas déplacée, jugeant le voyage trop long).

Forts de ce succès, les Uruguayens sont impatients de prouver de nouveau leur suprématie. La prochaine coupe du monde n’étant programmée que 4 ans plus tard, les dirigeants de la Céleste souhaitent mettre en place un trophée remis en jeu à chaque fois que le champion joue un match. Toutefois à la différence de la coupe du monde non officielle le challenger doit battre le tenant dans les 90 minutes du temps réglementaire pour récupérer le titre. Le trophée prit le nom de bâton Nasazzi en hommage au capitaine de l’Uruguay, le stoppeur José Nasazzi, vainqueur de la coupe du monde, de 2 jeux olympiques, 4 copa america et élu 2 fois meilleur joueur sud-américain.

José Nasazzi (en bas, 2ème en partant de la gauche), au milieu
de ses coéquipiers uruguayens

 

Si Jules Rimet, le président de la FIFA de l'époque, refuse de reconnaître le bâton de Nasazzi, les Uruguayens n'en ont cure, leur titre sera étrenné pour leur premier match post coupe du monde, face au Brésil. Au moment de ce match le trophée n’est pas encore matérialisé physiquement, mais qu’importe, sûrs de leur fait les Uruguayens sont persuadés de gagner et d’avoir tout le temps de le confectionner par la suite. Las, le 6 septembre 1931 l’Uruguay perd 2 à 0, à Rio de Janeiro. Vexés les Uruguayens proposent dans la foulée une revanche, afin de récupérer le titre honorifique, mais là encore le Brésil remporte le match, 2 à 1, à Montevideo cette fois, conservant ainsi le bâton. Un bâton qui, du coup, ne sera jamais matérialisé physiquement, devenant un trophée virtuel passant de mains en mains.

Dès 1934 le Brésil le perd au profit de l’Espagne, lors de la coupe du Monde, les Espagnols qui n’ont sans doute pas conscience d’avoir hérité de ce titre honorifique, la renommée du trophée uruguayen ne semblant pas avoir traversé l’Atlantique à l’époque. Le bâton de Nasazzi se transmet alors dans un quasi anonymat jusqu’à la fin des années 2000, où des fanatiques de football ressortent les archives des années 30 et redonnent une nouvelle jeunesse au trophée, en retraçant son palmarès sur internet.

C’est ainsi 52 nations représentant les 5 continents qui se sont passés le bâton virtuel, parmi celles-ci on retrouve des vainqueurs surprises comme l’Islande, la Géorgie, la Norvège, la Suisse et les Antilles néerlandaises, qui lors de leur victoire contre le Mexique en 1963 ont récupéré le bâton en même temps que le titre de champion du monde non officiel. Mais si les deux compétitions officieuses ont connu, par moments, le même champion, le palmarès diffère parfois, du fait de la règle de la victoire dans le temps réglementaire appliquée seulement au bâton de Nasazzi. Ainsi lors de la finale de la coupe du monde officielle de 2010, l’Espagne a remporté la coupe du monde non officielle mais pas le bâton de Nasazzi, sa victoire n’ayant été obtenue qu’après prolongations. Plus tard, l’Espagne récupérera finalement le bâton, à la faveur de sa victoire face à l’Italie en finale de l'Euro 2012. La Roja en est toujours le détenteur actuellement.

Sans doute plus représentatif des forces footballistiques internationales que celui de la coupe du monde non officielle, le palmarès du bâton de Nasazzi est dominé par le Brésil, détenteur du trophée durant 3590 jours, suivi par les Pays-Bas et l’Angleterre. La France se classe 13ème (alors qu’elle est 10ème au palmarès de la coupe du monde non officielle) avec 967 jours de possession répartis en 7 périodes (2 fois en 1977, 1982, 1983, 1984, 1991 et 2001). Le record d’invincibilité appartient aux Pays-Bas: 1056 jours, soit près de 3 ans entre sa victoire en amical face à la Suède en novembre 2008 et sa défaite en éliminatoire de l’Euro contre ces mêmes Suédois, en octobre 2011. A l’inverse l’Australie ne l’a conservé que 2 jours après sa victoire sur la France à la coupe des confédérations 2001.

 

 

Ps : Ces deux trophées ont fait des émules puisque d’autres internautes ont créé le bâton de Bourbotte, équivalent du bâton de Nasazzi, mais pour le championnat de France. François Bourbotte était le capitaine de Lille, premier club champion de France après guerre, en 1946. Chaque défaite en championnat du détenteur permet à son vainqueur de récupérer le précieux bâton. Si son détenteur est relégué le trophée est récupéré par son plus récent détenteur maintenu en division 1, car le bâton ne peut appartenir qu’à un club de l’élite. Au total le trophée a changé de mains plus de 850 fois et a connu plus de 50 détenteurs, dont des clubs comme Angoulême, Aix-en-Provence, Sète ou Martigues. Le FC Nantes domine le classement avec 181 matchs en sa possession, devant Marseille et Lyon (148 et 142 matchs)

 

 

Pour plus d'infos sur ces classement: 

site sur la coupe du monde non officielle

Le bâton de Nasazzi

le Baton-de-Bourbotte

 

 

 



01/06/2013
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