Mondoculture, le blog des découvertes

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6- Léo Major, l'homme qui libéra une ville à lui seul

 major.jpgLéo Major

 

Nous avons tous un jour douté de la crédibilité d’un film de guerre, dans lequel on voit un soldat (souvent américain) braver les balles ennemies, seul contre tous, et vaincre une armée à lui seul. Pourtant, lors de la Seconde Guerre Mondiale, un homme a réellement réalisé cet exploit, il s'agit de Léo Major, et son histoire est digne d’un film de guerre hollywoodien !

 

Auparavant employé pour le compte de la gare centrale de Montréal, ce soldat canadien n'a que 19 ans lorsqu’il s’engage dans l’armée, en 1940. Son régiment est ensuite transféré en Ecosse, où il poursuit sa formation pendant trois ans et demi. Major fait alors valoir ses qualités de tireur, d’endurance et paraît particulièrement affûté lors des opérations de commando.

C’est lors de cette formation qu’il se lie d’amitié avec Willy Arsenault, un Québécois de Montréal, comme lui.

 

Le 6 juin 1944, il débarque à Juno Beach avec le régiment canadien-français de la Chaudière, et n'attend pas pour se faire remarquer. Son régiment prend un blockhaus et fait une douzaine de prisonniers allemands. Plus tard dans la journée, lors d'une mission de reconnaissance dans les lignes ennemies, Major et un coéquipier capturent deux prisonniers et font main basse sur un blindé allemand contenant des transmetteurs et des codes secrets de communication.

 

Ces faits ne sont pourtant qu'un échauffement pour Major, qui réalise son premier acte héroïque lors de la Bataille de l'Escaut, dans le sud des Pays-Bas, à l'automne 1944. Sans nouvelles de cinquante soldats anglais partis en patrouille dans la journée, Major est envoyé seul en reconnaissance la nuit pour les retrouver. Il tombe alors sur une garnison allemande stationnée non loin de là, et arrive à capturer 93 soldats allemands qu'il escorte seul jusqu'aux lignes canadiennes !

 

L'exploit est impressionnant mais ce qui est encore plus fort, c'est qu'il y est parvenu avec un seul œil ! Éborgné lors d'une opération en Normandie, un médecin avait déclaré Léo Major inapte à poursuivre la guerre, et condamné à rentrer en Angleterre. Ce à quoi le canadien aurait répondu : « C'est impossible monsieur, je suis un tireur d'élite dans ma section, ils ne peuvent fonctionner sans moi; mon œil droit est parfait et c'est l’œil que j'utilise pour le tir de précision ». Cette blessure ne sera pas la seule, en février 1945, son véhicule saute sur une mine antichar, résultat de l'opération: triple fracture du dos, entorse aux deux pieds et quatre côtes cassées! Cette fois la guerre semble terminée pour Major, il doit être rapatrié. Mais le canadien ne l'entend pas ainsi, il se fait la malle de l'hôpital militaire et se réfugie pendant un mois chez des civils néerlandais avec qui il a sympathisé, après ce mois de repos, il retourne dans son unité poursuivre la guerre!

 

 

major arsenault.jpgWilly Arsenault (à gauche) et Léo Major lors d'une permission

 

 

Le 13 avril 1945, Léo Major et son régiment arrivent à Zwolle. Cette ville néerlandaise de 50 000 habitants fait l'objet d’une forte résistance de l’armée allemande face aux attaques alliées. Ainsi, on estime que chaque jour depuis le mois mars, une cinquantaine de Canadiens perdent la vie dans le siège de la ville. Afin de connaître les positions ennemies, le commandant du régiment demande deux volontaires, Major et Willy Arsenault, se dévouent alors pour la mission.

 

Vers 23h00, infiltrés dans Zwolle, les deux hommes tombent sur un avant-poste allemand. En voulant se cacher dans un fossé, Arsenault donne sa position à l'ennemi, qui ouvre le feu et le tue. Furieux de perdre son meilleur ami, Major décide de continuer « sa » mission, armé seulement de deux pistolets mitrailleurs et d'un sac de grenades. Il déclara plus tard «Je n'avais qu'une idée en tête: libérer la ville de Zwolle, peu importe ce qui m'attendait.»

Son but est alors de faire croire aux soldats allemands qu'ils sont encerclés par une force de frappe importante, afin qu'ils prennent la fuite. Il parvient à se faufiler dans un hôtel et surprend un officier allemand, à qui il indique que lui et ses soldats feraient mieux de quitter la ville avant 06h00, car d’importants bombardements auraient lieu au petit matin.

Après avoir laissé s’échapper l'officier et son chauffeur, Major se déplace en courant dans les rues de Zwolle, tirant au pistolet mitrailleur et lançant des grenades dans des maisons abandonnées dans le but de faire un maximum de bruit pour faire croire à la présence de nombreux Alliés. À plusieurs reprises, il capture des groupes de 8 à 10 soldats allemands, qu’il ramène à son régiment…avant de retourner accomplir sa mission !

Lorsqu’il tombe sur le quartier général des SS, il livre un combat contre 8 officiers : 4 trouvent la mort, les 4 autres s'enfuient. Plus tard dans la nuit, Major met le feu au QG de la Gestapo.

La stratégie porte ses fruits : les Allemands, pris de panique, prennent la fuite dans la confusion la plus complète, persuadés que les Canadiens vont prendre la ville d'assaut.

 

Vers 04h30, épuisé par près de 6h de combats, il tombe sur des résistants hollandais, à qui il demande d'annoncer la libération de Zwolle à la radio. Après plusieurs semaines de combats, Major vient de libérer à lui seul la ville ! Le lendemain le régiment canadien rentre dans la cité désertée par les Allemands.

 

Pour ses faits d'armes pendant la Seconde Guerre Mondiale, il reçoit la Médaille de Conduite Distinguée. Insatiable, il participe par la suite à la guerre de Corée en 1951 , au cours de laquelle il obtient une deuxième Médaille de Conduite Distinguée. Cette nouvelle médaille vient récompenser une nouvelle action incroyable de Major: à la tête d'un peloton de 18 hommes, il parvient à garder une colline pendant 3 jours face à 14 000 chinois! Il demeure à ce jour le seul soldat à avoir reçu deux Médailles de Conduite Distinguée dans deux guerres différentes.

 

Quelques années avant sa mort, il déclara « J'ai combattu pendant la guerre avec un seul œil, et je m'en suis pas trop mal sorti ». C'est le moins que l'on puisse dire!

 

Majorlaan.jpgAvenue Léo Major - Premier libérateur canadien de Zwolle (1921-2008)

 

 

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05/12/2014
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