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8- Le soldat japonais qui continua le combat jusqu'en 1974

Comme nous l’avons vu précédemment, le conflit a pris fin sur le théâtre de guerre européen en mai 1945. Il faut attendre le 2 septembre 1945 et la capitulation du Japon pour que le conflit le plus meurtrier de l'Histoire prenne fin. On estime en effet que près de 60 millions de personnes périrent pendant le conflit, soit 3% de la population mondiale de l'époque.

Pourtant, la guerre n'est pas finie pour tout le monde ! Hirō Onoda, un soldat japonais en poste dans le Pacifique continuera le combat jusqu'en...1974, soit 29 ans après la fin de la guerre.

 

 

Lubang Philippines 2.jpg        Lubang Philippines.jpg

 En 1944, les Philippines constituent un territoire américain occupé par les Japonais

 

L'histoire d'Hirō Onoda n'est pas banale. Il a 20 ans lorsqu'il est appelé sous les ordres de l'Empire du Soleil Levant, en 1942. Il suit une formation aux techniques de guérilla avant de rallier avec une vingtaine d'autres soldats japonais l'île de Lubang, aux Philippines. Là, les ordres du major Yoshimi Tanigushi sont clairs : il faut retarder le débarquement des Américains, résister à tout prix, et surtout ne pas abandonner le combat.

 

L'ordre est bien reçu par les soldats, qui le respectent avec une discipline et une obéissance rappelant le Bushido, le code d'honneur des samouraïs nippons (lire notre article sur les samouraïs). Malheureusement pour les Japonais, les Américains prennent l'île sans mal, et Onoda est contraint de se replier dans la jungle avec trois de ses compagnons. Ignorant la signature de l'armistice et la fin du conflit, les quatre irréductibles soldats japonais décident de continuer le combat ensemble contre les ennemis de l'Empereur. Alors qu'on les croyait morts, leur existence est révélée en 1950, lorsque l'un d'eux décide de se rendre. Des tracts sont alors largués au-dessus de la jungle, les informant que la guerre est finie et que l'armée impériale avait été battue. Mais Onoda et ses deux compagnons croient à une ruse et continuent à se battre avec des patrouilles philippines. C'est d'ailleurs lors d'une fusillade avec une patrouille partie à leur recherche, qu'un compagnon d'Onoda meurt en 1954.

N'ayant pas fait surface depuis lors, Hirō Onoda et son dernier frère d'armes, Kinshichi Kozuka sont déclarés officiellement morts par le Japon. Les recherches s'arrêtent...avant de reprendre en 1972 ! Cette année là, Onoda et Kozuka décident de mettre le feu à une récolte de riz d'un village « ennemi », ils sont alors surpris par une patrouille, et Kozuka est abattu dans l'échange de coups de feu qui s'ensuit. Dès lors, Onoda se retrouve seul à combattre, et son histoire commence à faire du bruit au Japon.

Les autorités nippones envoient de nouvelles expéditions pour le retrouver, mais sans succès. Finalement, c'est un explorateur, Norio Suzuki, qui trouvera Onoda. Cet ancien étudiant de l'université d'Hosei a arrêté ses études pour faire le tour du monde avec trois objectifs, dans cet ordre: trouver le lieutenant Onoda, voir un panda et rencontrer le yéti. En 1974, à force de vadrouiller sur l'île de Lubang, il tombe enfin sur Onoda. Lors d'une interview en 2010, le soldat raconte sa rencontre avec l'explorateur: "Ce hippie est venu me rencontrer sur l'île pour écouter les sentiments d'un soldat japonais. Suzuki m'a demandé pourquoi je ne quittais pas l'île. Je lui ai répondu que si la guerre était finie et que j'en recevais l'ordre de mon supérieur hiérarchique, alors je quitterais l'île." De retour au Japon, Suzuki en informe les autorités, qui ordonnent au Major Tanigushi, reconverti en libraire après la guerre, de se rendre sur l'île afin de faire entendre raison à Onoda.

 

 hiro onoda.jpgHirō Onoda quittant la jungle de l'île de Lubang, en mars 1974

 

Onoda Suzuki.jpgOnoda (à droite), et Suzuki tenant son fusil

 

La rencontre a lieu le 9 mars 1974. Choqué et ému d'apprendre que la guerre était finie et que le Japon s'était rendu, Onoda accepte l'ordre de son chef de rendre les armes et de rentrer au Japon. C'est la fin de ses 29 années de combat dans la jungle philippine. Lors de sa reddition, le dernier combattant japonais de la Seconde Guerre Mondiale remet à son supérieur un petit arsenal: son épée, son fusil, près de cinq cent cartouches et des grenades.

Malgré la trentaine de Philippins tués au cours de ses 29 ans de guérilla, il obtient le pardon du président philippin de l'époque, Ferdinand Marcos. 

Après son départ de l'île de Lubang, Onoda rentre dans un Japon métamorphosé. Il avait quitté un pays impérial et triomphant, il retrouve une nation pacifiste, ouverte sur l'Occident, dont la Constitution a été fortement inspirée par les Américains. Un choc pour Hirō Onoda. Déboussolé, il part élever du bétail au Brésil pendant une dizaine d'années. C'est depuis le Brésil qu'il écrit une autobiographie, "Ne pas se rendre: Ma guerre de trente ans.", dans laquelle il relate sa vie de maquisard sur l'île de Lubang. Ce n'est qu'en 1984 qu'il rentre définitivement au Japon, où il se marie. Il retournera sur l'île de Lubang une fois, en 1996, où il fait don d'un chèque de 10 000 dollars pour la création d'une école. Finalement, Hirō Onoda s'éteint le 21 janvier 2014, à l'âge de 91 ans.

Pour l'anecdote, Suzuki, l'homme qui l'avait retrouvé, mourut en 1986 lors d'une avalanche dans la chaîne de l'Himalaya, alors qu'il était en quête de son troisième objectif. Cependant, l'histoire ne dit pas si il réussit à rencontrer le yéti avant de mourir.


 

Vidéo (en anglais) sur le destin d'Onoda, publiée suite à sa mort, en janvier 2014

 

 

Article précédent: Germania, le projet fou d’Hitler



22/02/2015
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